En déboulant avec ce douzième album, les Américains de IMMOLATION, ayant sacrément travaillé d’arrache-pied pour peaufiner dans les moindres détails ce "Descent", n’avaient pour seul dessein que de faire trembler à nouveau la planète Death Metal et d’ensevelir les derniers circonspects. Composé sur plus d’un an dans une logique de perfectionnement obsessionnel, sous la houlette de Zack Ohren, une constante depuis plus d’une quinzaine d’années, précisément depuis "Majesty And Decay" sorti en 2010, "Descent" s’impose dès les premières écoutes, tant et si bien qu’il est fort probable qu’il remporte la timbale du plus grand disque de Death Metal de l’année. IMMOLATION n’a plus rien à prouver et la postérité lui a déjà réservé un cercueil éternel, c’est désormais une évidence. Après un incroyable "Acts Of God", le groupe récidive de plus belle pour parfaire son langage musical vers quelque chose de plus austère encore, de plus labyrinthique également.
Avec des titres aussi constrictifs, l’atmosphère de ce nouvel opus au titre évocateur est plus étouffante que jamais. Les riffs de Robert Vigna se tordent dans des ténèbres cachées mais affamées, tandis que la voix de Ross Dolan nous contamine d’un poison volatile, subtil, mais terriblement violent et mortel. La batterie de Steve Shalaty verrouille l’espace tant et si bien que ces rythmes habités et crépusculaires nous enserrent le corps pour lentement nous faire suffoquer. IMMOLATION nous vampirise totalement les neurones en nous assénant un Death Metal brutal et intelligemment construit. D’une efficacité redoutable, et surtout cohérent au possible, ce nouvel album nous distille une tension continue capable d’imposer une violence inépuisable. C’est particulièrement ce que je retiens de ce "Descent". Vous aurez droit à un léger relâchement émotionnel avec le titre instrumental de toute beauté "Banished". Mais pour ce qu’il en est des autres titres, c’est bien une pression permanente, une morsure qui ne faiblit pas, qui se ressent, le tout enveloppé de riffs aux spirales dissonantes baignant dans une hypnose dense et impénétrable.
Vous ressentirez fortement cette atmosphère suffocante, hostile sans être démonstrative ni spectaculaire. C’est d’ailleurs tout ce qui fait l’identité forte de IMMOLATION, personne ne pourra contredire cela. Les transitions entre les titres sont presque invisibles, si bien que "Descent" donne l’impression d’être un bloc, mais quelques morceaux arrivent à sortir de la nasse bien tressée de nos Américains. Je pense par exemple au titre "Attrition", avec son rythme doomy larvé dans la boue et le maléfice surgissant dans le contenu de ses leads. "God’s Last Breath" nous contamine également par cet étirement du temps ressenti, par ces vertiges provoqués par la nuée de rythmes lourds qui s’abat sur nous. Le titre introductif, "These Vengeful Winds", est également imparable au niveau des ambiances construites. Développant et étendant son aura noirâtre au fur et à mesure grâce à des riffs fuligineux et un jeu vocal imprégné d’autorité, il donne un aspect presque cérémoniel aux lignes de guitare de Vigna. Le growl et la présence de Ross Dolan sont éminemment clairs, surtout si l’on compare son jeu à celui d’autres growlers de la scène Death Metal. Les paroles restent perceptibles, les phrases possèdent un rythme particulièrement travaillé et les accents tombent exactement sur les fractures des riffs.
Enfin, et pour couronner le tout, le dernier titre de l’album, éponyme, est sans doute ce qui vous marquera définitivement au fer rouge. Labyrinthique au possible, rempli d’effondrements, son aspect funéraire et sa gravité tout à la fois mélancolique et apocalyptique clôturent "Descent" de la plus sublime des façons. Ainsi, les Américains de IMMOLATION, quatre ans après "Acts Of God", conservent leur trône avec une insolente maîtrise. Plus qu’un simple groupe historique, le quatuor new-yorkais continue de façonner un Death Metal profondément intelligent, oppressant et visionnaire. Peu de formations aujourd’hui sont capables d’atteindre un tel niveau de cohérence, de densité et surtout d’intensité émotionnelle sans jamais sombrer dans la redite ou la démonstration stérile. IMMOLATION ne compose plus simplement des albums, il érige des monolithes noirs, des gouffres sonores dont on ne ressort jamais totalement indemne, et "Descent" en est un sculptural exemple.