![[Roman] Stephen King - Si ça saigne](/images/articles/44/couverture/couverture.png)
De Stephen King, tout le monde connaît le romancier ; ses lecteurs ont également en tête le novelliste. De Brume au Bazar des mauvais rêves, l’auteur a publié plus de trois cent vingt nouvelles réparties sur six recueils, d’une qualité plus ou moins constante. Dans un entre-deux se situe également une longue tradition kinguesque : les recueils de novellas, invariablement composés de quatre courts romans par volume. Si ça saigne est de ceux-là, le cinquième depuis Différentes saisons, qui accuse aujourd’hui ses 35 ans et a donné lieu à des adaptations au cinéma comme le sublime Les Évadés.
Allons tout de suite droit au grand point positif : si vous avez aimé certains de ses classiques publiés avant les années 2000 et ne connaissez pas sa dernière période, Si ça saigne offre un honnête panorama, sans pour autant vous désorienter.
Car l’auteur a ses monomanies, comme beaucoup d’écrivains, et ne se prive pas d’en proposer de nouvelles variations : la condition du métier d’écrivain, la nostalgie de la jeunesse, l’enfance, les médias et les moyens de communication. Si Internet et l’iPhone, Steve Jobs étant même cité, constituent bien évidemment des nouveautés par rapport aux vieux Stephen King, on ne peut pas dire que le traitement et les thématiques soient particulièrement originaux.
Si variations il y a, autant parler de fines nuances. Vous avez apprécié son thème faustien dans Bazaar ? Rat vous le ressert ici, en plus concis et si plan-plan que l’on ne rencontre aucune surprise dans une conclusion des plus attendues. Autant dire du réchauffé. De nouveau un thème pseudo-faustien dans une redite de L’Outsider, sans additif, avec la désormais inévitable Holly, mais agrémentée d’un peu de Rapace nocturne ? Même résultat, truffé de « spoils » pour ceux qui auraient loupé son roman précédent.
La vengeance que l’on regrette ? La technologie ? Le ressassage d’une dépression d’écrivain ? Lisez plutôt Sac d’os, Revival ou La Part des ténèbres. Ils sont bien plus qualitatifs que ces synthèses sans éclat.
J’ai également le sentiment que les parenthèses s’accumulent de plus en plus chez Stephen King au sein du texte, comme pour jouer le rôle de garde-fou face à un éventuel verbiage. Le résultat est plus court, plus serré, mais sans les trouvailles formelles qui faisaient le sel de certains textes, comme les italiques de Ça ou du Fléau, pour ne citer qu’eux.
Pourtant, tout n’est pas à jeter, et la lecture d’un petit chef-d’œuvre comme « La Vie de Chuck » redonnera le sourire même à ses détracteurs. Le texte rappelle certaines expérimentations de récits s’entrecroisés, à la manière de Cœurs perdus en Atlantide, tout en conservant la même vivacité, des personnages joliment croqués en quelques lignes et, chose plus rare chez l’auteur, un réel talent pour conclure avec rythme.
En définitive, un King que je qualifierais de passable : sans réel déplaisir, mais transmettant tout de même un sentiment de lassitude assez net, à l’exception d’une seule novella.