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Sainte Obyana du Froid - The Purest Ending
Chronique par S. - Publiée le 06/12/2025
Sainte Obyana du Froid - The Purest Ending
Note : 6/6
Genre : Black Metal Atmosphérique
Année : 2025
Label : Transcendance
Pays : France
Durée : 43:51
Tracklist :
1.
One With Winter
14:39
2.
Eath With Infinity
10:19
3.
The Purest Ending
18:53

Parfois, la simple évocation du casting composant un nouveau projet suffit à susciter les plus hautes attentes. Tel était le présage à l’annonce de la première offrande de Sainte Obyana du Froid. La tête pensante n’est autre que Hylgaryss, derrière notamment Le Prochain Hiver. Il avait publié en 2023 “Talvi”, que j’avais considéré comme le meilleur album de l’année, tant il frôlait la perfection.

Dans l'interprétation de cette œuvre, le créateur est accompagné par la vocaliste Obyana, dont la contribution s'étend du chant clair cristallin aux plaintes gutturales. C'est elle qui incarne Obyana la Sainte, le cœur du concept de l'album, et sa rencontre mystique avec le froid absolu. Son désir ardent est de ne faire qu'un avec cette force primordiale. En choisissant de mourir sous la neige, elle perçoit cet acte non comme une fin, mais comme une ultime forme de communion avec la nature et le temps, transformant ainsi son suicide en une quête de transcendance et de pureté. Sa présence visuelle est d'ailleurs centrale, car sa silhouette constitue la couverture de l'album : elle est représentée dans une bichromie noir et blanc, enchevêtrée dans le logo, affichant un regard froid et inabordable.

Dès les premières secondes, on ressent instantanément toute la gravité et la solennité qui s’annonce. Un chant grégorien accompagne les nappes d’un clavier aux accords éthérés, plongeant l’auditeur dans les méandres de la spiritualité. Pas de la sphère théologique, mais bien celle du plus profond de l’être. Une introduction posant les bases de ce voyage introspectif dans les chemins sinueux de son esprit, durant près de quarante minutes. Quand surgit le Black Metal, sa vibration vous enserre telle la proie dans les griffes d’un rapace. Inutile de résister, la production massive happe immédiatement le profane. Guitares et synthés ne font qu’un pour former un mur sonore massif et aérien.

Si “Talvi” était cet éclat lumineux dans les ténèbres enneigées, “The purest ending” se veut beaucoup plus sombre et maladif. On y retrouve toutefois la sensibilité et le raffinement propres à Hylgaryss, dans le souci des détails et des arrangements. Des accords dramatiques de violons par-ci, des notes funèbres de piano par-là. Alternant entre les parties mid-tempo aux tons tragiques et les envolées cosmiques, l’atmosphère n’en demeure pas moins intense en permanence. Intense dans le rythme, mais surtout émotionnellement.

Sainte Obyana du Froid n’est pas seulement une œuvre musicale, il s’agit d’une expérience. Une immersion totale dans un autre univers, dont on ne sait plus s’il est intérieur ou extérieur à son âme. Un périple où se mêlent pléthores de sensations : le froid, les idées suicidaires, l’élévation, la mélancolie, l’extase, la noblesse. Des paradoxes également : cette phosphorescence dans l’obscurité, le beau dans l’infâme, l’espoir dans la désolation. 
Ce flot d’émotions atteint son paroxysme dans les dernières minutes de l’opus. Tout y est décuplé : le clavier prend de la hauteur, les riffs aigus lacèrent le cœur, les vocaux déchirants cisaillent le moral…jusqu’à ce crescendo final où les cuivres concluent le titre en apothéose. Un final grandiose, à en avoir des frissons, pour en finir avec la vie, de la façon la plus pure qui soit. La mort dans la plénitude : telle pourrait être l’épitaphe coiffant le linceul blanc d’Obyana la Sainte, partie rejoindre l’éternité.

The purest ending s’adresse tout particulièrement à ceux qui vivent la musique, s’en imprègnent à s’en rendre malade. Une atmosphère céleste et possédée rappelant celle de Dissonant Winds sur “Drowning in the Residues of Misery”, bijou bien trop méconnu. A n’en pas douter, Sainte Obyana du Froid signe là une pièce majeure du Black Metal atmosphérique, un véritable chef d'œuvre. 

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