Nous sommes si peu de choses. Nous devons notre salut qu’à notre seul équilibre intime et à la satisfaction intéressée de ce que nous considérons comme accompli. Nous nous tenons debout mais nous sommes si sensibles et bien trop fragiles. Nos convictions nous font tenir, rendent stables ce qui se dérobe constamment sous nos pieds. Notre vie est un sable mouvant permanent avec lequel nous composons instinctuellement. La quête du sens est constante et son expression très souvent se rejoint avec l’Art. La création musicale est un art espiègle qui convoque l’inspiration et la technicité. Mais l’inspiration est-elle rationnelle ? Sans doute pas, puisqu’il s’agit d’un processus créatif inconscient qui jouit et se répand quand la liberté est totale, la musique pourrait être ce pont qui permet de rejoindre les deux rives : l’expérience de soi et le besoin d’en faire trace. C’est ainsi peut-être que l’on s’immortalise un peu plus au sein du visible ou du néant.
SHYLMAGOGHNAR est le fruit d’un Hollandais passionné qui officie déjà depuis quelques années et nous a délivré deux albums d’excellente facture, notamment un "Transcience" qui n’a ni fait de la figuration ni n’est passé inaperçu au sein de la scène extrême. Et pour cause, Nimbklorg, Kévin Bertrand à la ville, est complètement habité par son art et trouve l’inspiration comme peu la ressentent. Et si j’en reviens à ce "Convergence", je dois bien dire que ce Death/Black Prog mélodique affole les compteurs de plaisir dès son morceau introducteur, "I Hear The Mountain Weep". Il s’agit là d’une pièce d’orfèvrerie purement instrumentale qui emmène l’auditeur dans de multiples cavalcades mélodiques extrêmement (allez, utilisons pour une fois ce superlatif exagéré !) engagées et voluptueuses. L’aisance instrumentale de cet homme à tout faire coupe un peu le sifflet. On peut être inspiré et faire de la merde, la création musicale n’est pas toujours synonyme d’audibilité. L’écoute de "Convergence" n’entraîne pas de déception, ni non plus de grands sursauts. Hormis quelques titres dont il faut bien dire qu’ils sont somptueux, à l’instar du très voyageur "Follow The River" rempli d’embardées quasi épiques qu’un Death Prog encadre et fait culminer à maintes reprises ; ou "Egregore" qui s’amuse dans un Black Metal mélodique véloce qui me fait furieusement penser à du DIMMU BORGIR époque "Enthrone Darkness Triumphant" je vous prie. La diction de Nimbklorg participe à cet engouement même si je concède ma préférence pour l’ancien chanteur qui dotait l’album précédent d’un jeu hurlé du plus bel effet.
SHYLMAGOGHNAR paraît être un explorateur de sonorités, lorgnant vers un électro à la THY CATAFALQUE sur "Gardens Of The Erased" même si l’inspiration – toujours celle-là – est plus modeste, le titre a son petit effet spatial et spatialisé, et pourrait embrasser des inspirations très OXIPLEGATZ-iennes. Malgré toute la technicité époustouflante du sieur, certains titres me laissent davantage sur ma faim. Je pense notamment à "Strata" ou "Convergence" qui transportent beaucoup moins mes oreilles. Ces tracks me semblent bien plus conventionnels et n’ont pas l’aura majestueuse et sublime des titres incroyables de "Transcience", tels que "The Dawn Of Motion" ou bien "Life". Cet album parvient à dérouter tout autant qu’il s’emballe magnifiquement et se fourvoie quelque peu, cela reste à la marge je vous rassure, dans une forme de remplissage.
Cet album, le troisième, est globalement plus sombre, plus Death dans l’âme. "Transcience" avait davantage d’accointances Prog et ses envolées lyriques tutoyaient les cieux mélodieux. Mais c’est aussi qu’il avait mis la barre si haute que je savais ce "Convergence" attendu au tournant. Alors oui, il ne déçoit pas. Oui, il est d’une technicité qui impressionne. Oui, encore Nimbklorg est formidablement créatif et inspiré et ce "Convergence" s’écoute avec allégresse et plaisir. Mais, si je dois apporter une nuance, je dirais que son écoute plus facile le rend certes plus accessible mais aussi moins passionnant. Néanmoins, SHYLMAGOGHNAR est une valeur sûre, de celle que je suivrai car si j’ai besoin d’une quelconque extase auditive, je me mettrai (dans les esgourdes, je précise !) un "The Sea" majestueux ou un "Becoming" rêveur. Un très beau disque pour sûr !