AASH est un duo allemand qui nous livre en cet été infernal un opus qui va vous pincer jusqu’au sang la peau. Après une série de singles sortis ces deux dernières années suite à leur premier EP très Black/Death Metal "Embodiment Of Chaos", AASH revient avec de nouvelles ambitions plus corrosives mais aussi infernalement plus mélodiques et thrashy. Si Timo Espenhahn s’occupe de l’instrumentation et des compositions, Redouane Aouameur occupe une place prépondérante en vociférant de sa voix infectée des torrents atrabilaires d’invectives. "Into Eternity" fleure bon les influences mélodiques du Black scandinave des 90s. On pense notamment aux plus agressifs d’entre eux tels que VINTERLAND ou NAGLFAR. Les aspérités âcres et brutes de AASH nous ramènent cependant très souvent à du Metal extrême plus crude encore, notamment celui qui officiait au tout début des années 90. Entremêlant parfois des sonorités Death voire Melodeath ("Between The Worlds", "Wolfsblood") avec celles d’un Black Metal pur, AASH exprime avec ce premier album de nobles ambitions.
"Into Eternity" a donc ce côté très rentre-dedans, lobotomisé aux révoltes, avec des accents Punk aux entournures et paraissant être doté de cette envie de trépaner les corps pour y cracher des expectorations de fiel à l’intérieur des boîtes crâniennes. Le Black Metal de AASH est vif, agressif, sans jamais déborder dans des blast beats à l’emporte-pièce. La formule, si elle peut sembler usitée, est en tout cas bien fouettée et revigorée par notre duo allemand. Le rendu est excellent, la production claire et tranchante apporte son lot de violence gratuite. Les guitares incisives agissent sur le fil du rasoir et, toujours bien troussées, dopent la voix « evil » de Redouane. D’ailleurs, si elle représente une vraie plus-value pour AASH, ne bougeant pas d’un iota sur ses aspirations à détruire, j’apprécie particulièrement sa reverb un peu apposée tout autour, lui conférant une aura maléfique supplémentaire. Elle trouve aussi son apogée sur le titre que je préfère de ce premier album, "Dyatlov Pass", titre pur d’un Black Metal thrashy à l’attaque avec son riffing caractéristique bien aiguisé et ses leads discrets qui donnent de l’épaisseur malfaisante, comme si l’album n’en disposait déjà pas assez…
Mais en substance, les titres restent toujours du même acabit. De même durée, chacun s’exprime sans que l’on ait le sentiment premier que l’un ne ressorte plus que les autres. Néanmoins, certains riffs ont plus d’habilité et embarquent notre attention et notre intérêt. Je pense notamment au très performant "Kein Gott Für Mich" ou à "Wolfsblood", mais aussi à "Road To Oblivion". La puissance mélodique de ces titres est de mise et justifie à elle seule le bien-fondé de cette chronique. Maintenant, la linéarité et le manque manifeste de variété d’autres titres laissent un voile sur une partie de ces tracks qui se laissent écouter mais ne brillent pas d’éclats entêtants. Peut-être que l’album compte un poil trop de titres, mais cela reste un détail et une critique facile. La programmation de la batterie est optimisée, mais l’on ressent tout de même un peu son côté artificiel.
Je ne connaissais pas ce duo jusqu’alors, mais ce premier album pêchu et qui fouette bien les neurones montre le talent de Timo Espenhahn et le placement prodigieux de Redouane, qui fait un malheur avec son timbre bien haineux. Il y a donc du très bon sur cet album ("Blood Flesh Soul", "Mother Gaia") et quelques longueurs ("Skinwalker", "I’m The Black River"). Mais AASH apporte quelque chose de neuf au sein de toutes ces sorties. Son côté bestial et décomplexé n’est que de bon augure pour le second album qui suivra et que j’attends.