Je crois que c’est un chroniqueur qui, au détour d’une discussion sur le Funeral Doom, concédait qu’il devait y avoir tout au plus 3 ou 4000 fans dans le monde. Si ces chiffres sont bons, concédons que ce style est un point de détail dans l’histoire du Metal et qu’il dérive sur une branche sectaire et foncièrement underground. Forcément, les riffs pachydermiques et répétés à volonté n’aident en rien à une prise de contact aisée avec le public davantage habitué à être gâté en notes virevoltantes et en variété. Si, en 2023, quelques spécimens ont pu conserver l’actualité du style (je pense à OROMET, BELL WITCH, AHAB, MESMUR), en 2024, il est difficile de trouver quelque chose de très intéressant à se foutre sous les crocs. Et je ne vous parle même pas du dernier ATARAXIE ou du dernier FUNERAL sortis il y a peu, qui ne m’ont pas fait lever un sourcil d’intérêt.
Autant se rabattre sur une sortie certes conventionnelle, mais qui a le mérite de plonger dans le grand bain avec quelques bons arguments. Les Italiens de EMBRACE MY RUIN, en cette année 2024, sortent leur premier album après une démo sortie en 2006. Pas loin d’une heure va passer à leur contact et l’écoute de ce "Kamaratòn" va s’avérer agréable, notamment sur les ambiances désespérées bien prégnantes. Nulle horreur ou vestibule d’une maison hantée ne s’offriront devant nous. EMBRACE MY RUIN, comme leur nom l’indique, schlingue le pessimisme et growle le désenchantement du monde. Les claviers omniprésents surprennent ce Funeral Doom pur jus en l’embarquant dans des contrées atmosphériques à la fois apaisantes et sur le fil.
Si certains titres hument bon le SHAPE OF DESPAIR, je pense au formidable titre savamment construit, par exemple, "The Deepest Ocean", et ses mélodies entêtantes baignées d’émotions, qui ne vont pas hésiter à nous faire plonger dans notre intime embarrassant. Le growl jamais trop capiteux de Raffaele Di Maio produit son effet grave, même s’il n’est pas le plus profond du Funeral Doom. Sa justesse de jeu – ni trop ni pas assez – opère de manière hypnotique avec nos neurones. J’aime beaucoup aussi le titre qui introduit l’album, "Through A Shattered Glass", densément conduit par ce piano, discret, et ses nappes de claviers brumeuses. J’apprécie aussi le titre éponyme, sans doute le plus tragique de tous et paraissant totalement déshabillé d’un quelconque espoir. Des leads vont faire leur apparition et renforcer cette chape de plomb omnipotente. L’acmé du titre se produira lorsqu’un piano et une guitare acoustique vont s’embrasser une dernière fois mutuellement peu après la sixième minute, avant de s’effacer au bénéfice d’une fin de titre sublime, imprégnée de leads dont il faut accuser la beauté noire et envoûtante.
Sorti en copie physique à quarante exemplaires, j’ai à cœur de vous faire découvrir le premier album de ces Italiens. Et qui sait, peut-être que vous l’apprécierez autant que moi ! S’il ne révolutionne pas le genre, il truste parmi les plus belles sorties de Funeral Doom de cette année. Parfait pour prolonger l’automne sous les plus sombres auspices, "Kamaratòn" est une pièce d’orfèvrerie qui aime se languir en vous au fur et à mesure des écoutes.