L’année 2024 n’en finit pas de nous déverser des sorties qualitatives de Black Metal, et sur NiME, nous avons le chic pour vous les proposer, non sans avoir au préalable mis dans la moulinette des dizaines d’autres disques, en les taillant menu avant de les expédier aux turpitudes des oubliettes. Et si nombre d’albums m’auront marqué au cours de ces mois, ce premier opus de ce jeune groupe grec très classique, au demeurant, mérite sa part de lumière et quelques belles lignes dans vos colonnes chéries.
Lorsque DIMMU BORGIR sortait son "Enthrone Darkness Triumphant" et CRADLE OF FILTH (CoF) son "Dusk… And Her Embrace" quelques mois auparavant, la plupart du futur line-up de END OF DAWN venait au monde en grimaçant… Et si je vous parle de ces deux groupes légendaires, c’est aussi parce qu’ils ont profondément marqué le groupe et que leurs influences se font ressentir dans les motifs sonores adoptés sur ce premier album du septet grec. En effet, c’est autour d’un Black Metal teinté d’éléments gothico-symphoniques que "Primordial Darkness" se déploie avec une efficacité redoutable et bien singulière. Le duo Mynoghra/Necro, qui officie l’un et l’autre au chant, est d’une belle complémentarité. Lorsque les vociférations agressives et bien assurées du second rencontrent la douceur élégiaque et fantomatique de la voix mélancolique de Mynoghra, quelque chose de beau se passe à de nombreuses reprises.
L’album est long et tutoie pas loin de l’heure de musique, mais il sait aussi gâter son auditeur avec des titres saisissants. À la faveur d’une orchestration des claviers, menée avec brio par ce jeune musicien qu’est Akhenaten, END OF DAWN nous embarque aux confluents d’un Black Metal mid-tempo, nappé par les brumes d’un romantisme noir qui n’aurait pas déplu à ELEND. Véritable plus-value atmosphérique, les parties des claviers, en plus de l’aération et des émotions qu’elles cristallisent, permettent de marquer l’écoute et de la rendre entêtante à certains moments. Je pense à certains titres évidemment plus que d’autres. Nommons les entrelacements mélodiques superbes de "Lured", qui nous rappelleront les belles heures de CoF avant qu’ils ne deviennent ridicules et caricaturaux. N’omettons pas aussi de décerner des louanges à la très éthérée "The Great Epilogue", où Mynoghra fait des merveilles tandis que ses comparses – aux techniques musicales irréprochables – lui donneront cette patine supplémentaire.
Si les titres de "Primordial Darkness" semblent homogènes – peut-être un peu trop – ce premier essai est assez bluffant de mon point de vue. Eu égard à la très belle technique, notamment du claviériste, je regrette qu’il n’y ait pas eu un ou deux titres instrumentaux sur l’heure de musique proposée. Certains titres n’atteignent pas tous le même degré émotionnel qu’un "Dawn Of Decay", "Breakinf The Pendulum" ou un "Lured", par exemple. Côté riffs, Absence, le compositeur principal, est sacrément bien inspiré, et il n’y a nulle inquiétude à avoir sur son devenir. Les leads sont beaux et s’insèrent aisément avec une rythmique très bien emmenée et les envolées des claviers. J’apprécie aussi le jeu de la batterie, qui s’avère d’une efficacité certaine, sans en faire des tonnes, ni en se faisant quelque part oublier dans le fond sonore. Les Grecs de END OF DAWN ont trouvé leur sillon et marchent dans la bonne direction, la leur.
Premier album, belle pochette évocatrice, compositions efficaces et riches de détails, line-up mature et technique, END OF DAWN a tout pour prendre la lumière et se faire une place dans les groupes qui ont de l’avenir. J’ai trouvé beaucoup de choses dans ce Black Metal richement mélodique et accessible aussi à un nombre plus important d’auditeurs. END OF DAWN ne cherche pas à épouvanter mais plutôt à envoûter, et pour mener cette expérience-là, je l’avoue, ils ont de sacrés arguments. Les amateurs de la prime jeunesse de CRADLE OF FILTH en auront pour leur frais. Que cette chronique puisse vous titiller l’esprit et les oreilles.