Accueil > Chroniques > Ershetu - 黄泉 / Yomi
Ershetu - 黄泉 / Yomi
Chronique par Storm - Publiée le 02/01/2026
Ershetu - 黄泉 / Yomi
Note : 3.5/6
Genre : Atmospheric Black Metal
Année : 2024
Label : Debemur Morti Productions
Pays : France
Durée : 45:54
Tracklist :
1.
Ketsurui
06:49
2.
Jikoku
07:11
3.
Sekiryō
07:17
4.
Abikyōkan
07:45
5.
Kagutsuchi
07:46
6.
Nenokatasukuni
09:06

Il m’avait bien fait rire le copain après son écoute un peu déconcertée de ce "Yomi". Je lui conseillais pourtant de découvrir le premier album, "Xibalba", qui vaut sacrément le coup d’oreille, et je le réaffirme encore à nouveau. Mais lui trouvait que ce concept : un album = un continent, lui rappelait un peu trop des émissions du style "J’irai dormir chez vous" ou "Des trains pas comme les autres"... Cela me fit en effet réfléchir, mais surtout marrer de manière un peu goguenarde, je l’avoue. Traiter du thème de la mort selon les cultures en fondant ce concept avec des sonorités traditionnelles de ladite culture – ici avec le shamisen, la guitare ancestrale japonaise – est pourtant, sur le papier, très intéressant.

Alors avant de continuer la chronique, je m’adresse, une fois n’est pas coutume, aux aveugles qui nous écoutent (je m’insurge que, dans des prétentions actuelles wokistes, ils soient les premiers laissés-pour-compte. Y aurait-il donc des handicaps discriminés par les nouveaux grands ordonnateurs de la nouvelle et bonne morale ?). Alors, pour réparation et faire amende honorable, sachez, chers malvoyants, que la pochette de cet album en dit déjà assez sur le concept. Imaginez-vous des visages de diables entourant un masque typique japonais ensanglanté, le tout parsemé d’une vague de type tsunami, reproduction ici de La Grande Vague de Kanagawa, une estampe japonaise du XIX siècle.

Passons au Black Metal et cessons d’être narquois. En traversant les mers et en s’arrêtant au pays du soleil levant – n’est-ce pas –, le quartet international ont enfilé leurs yukata, histoire d’embrasser davantage encore les codes et prolonger leur immersion. Et la recette, même si elle se pare d’une autre culture, reste pourtant la même que sur "Xibalba" : du Black Metal assez traditionnel, un poil Atmosphérique, et entremêlé de ces fameuses sonorités de shamisen. Les vocaux sont assurés en partie par Vindsval himself, à la différence du premier album où officiait l’impressionnant Lazare (BORKNAGAR, SOLEFALD). Et l’envoûtement, à ce niveau, opère un peu moins, avouons-le, sur ce nouvel album. Tous les titres ne disposent pas de ce même pouvoir hypnotiquement suave dont "Xibalba" disposait à chaque recoin au travers d’ambiances envoûtantes.

Parlons cependant de ceux qui font mouche et arrivent à transcender l’écoute. "Jikoku" fait partie de ceux-là avec "Kagutsuchi", principalement. Quelque chose arrive à se passer au travers de ces morceaux mystiques, singuliers et secrets. Si l’entremêlement du shamisen, du koto et du Black Metal coexiste dans chacun des titres de "Yomi", les émotions s’avèrent bien plus puissantes sur ces deux titres. À l’inverse, d’autres n’arrivent pas à décoller et traînent en longueur ; je pense à "Ketsurui" ou bien encore à "Sekiryō". Larvés dans une boue quasi indécrottable, leurs rythmes variés et leurs breaks nombreux ne permettent pourtant pas de maintenir une attention suffisante. Un peu dommage, lorsque l’on sait le travail de composition qu’ils ont dû susciter, mais la science des riffs qui fonctionnent plus que d’autres, cela ne s’explique pas ou, au contraire, s’impose.

L’album n’est pour autant pas moyen, mais il a tendance à lasser. Sur le papier, il avait tout pour plaire et pour animer un voyage original et mystique. Mais, hormis les deux titres précités et la seconde partie du savant titre final "Nenokatasukuni", je reste sur ma faim. Un album donc en demi-teinte, mais à découvrir, car ce concept et cette originalité restent bien ficelés et jamais maladroits. J’en attendais un peu plus, d’autant plus que le "Xibalba" avait été un véritable coup de cœur de 2023 pour moi, et sans doute bien d’autres. Je continue néanmoins à veiller sur l’aventure de ERSHETU et reste impatient de la prochaine aventure.

9 lectures