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Förgjord - Perkeleen Weri
Chronique par Storm - Publiée le 02/01/2026
Förgjord - Perkeleen Weri
Note : 4.5/6
Genre : Black Metal
Année : 2024
Label : Werewolf Records
Pays : Finlande
Durée : 35:12
Tracklist :
1.
Silmäinkääntäjä
06:34
2.
Käärmeenkieli
05:55
3.
Neljäs lapsi Saatanalle
04:43
4.
Loukatun kunnia
04:34
5.
Kalm
02:03
6.
Raskas veden taakka
06:09
7.
Pettävä suo
05:14

J’aime le Black Metal, c’est un fait, mais si j’apprécie ce style extrême, c’est aussi pour le contingent d’émotions et de sarcasmes qu’il vomit sur le monde. Les amateurs de ce style ont tous leur marotte et s’en remettront, comme mètre-étalons, à certaines références. Ce style a tellement évolué au fil du temps, avec un bon lot de réussites, a tant embrassé d’influences diverses, d’horizons si différents et a par voie de fait mué à de multiples reprises, qu’il (le Black Metal) semble être un puits sans fond de découvertes au fur et à mesure des sorties et des progressions des groupes. Allant de son plus simple attribut (True, Raw…) à des alliages beaucoup plus accessibles (Post, Blackgaze…), le Black Metal trône parmi les styles de Metal extrême haut dans les sphères de l’originalité et de l’évolution. Quoiqu’il engendre, il le broie, il l’annihile pour le reconstruire. Il fait de la vie une jachère permanente où se perpétueront à nouveau les fils du démiurge.

FORGJÖRD est purement finlandais. Je ne connaissais pas cette entité avant que certaines âmes damnées au possible et fins connaisseurs de cette scène ne m’en fassent les louanges. Peut-être me liront-ils et qu’ils en soient remerciés en ces quelques mots. Je connaissais MARRAS – un autre cousin germain de FORGJÖRD où Valgrinder officie aussi – avec un album assez démentiel, "Where Light Comes To Die", au son plus tranchant que la plus perfide des lames, et j’aimais l’épouvante que ce type de groupe savait apporter… FORGJÖRD fait encore mieux, et ce depuis des lustres. Ces Finlandais peuvent se targuer de faire partie de la vieille garde. Voilà quasiment trente ans que le duo Valgrinder/Prokrustes Thanatos copule avec le Malin sous l’arbitrage d’une Nature sauvage qui les fascine et les commande.

Il me faudra vous parler de leurs anciens albums, au premier rang duquel s’érige le plus que ténébreux "Ilmestykset". "Perkeleen Weri" – celui qui nous occupe aujourd’hui – n’est pas en reste. La formule, jamais trop éculée, est vive et efficace, entre riffs froids à vous glacer les artères et volonté manifeste de vous attaquer à la gorge sous la diction caustique et infernale de Prokrustes Thanatos (un sacré chanteur, morbleu !). Un peu à la manière de HORNA du temps où officiait ce diable de Corvus (qui aujourd’hui a jeté son dévolu sur son groupe : KORGONTHURUS), Prokrustes Thanatos nous gifle les joues de son souffle glacial et habité. Mais autant sur les anciens albums le riffing agissait comme un blizzard opaque et impénétrable superbe, autant sur ce nouvel album, les mélodies et le son des guitares sont beaucoup plus clairs et tranchants à la fois, les rendant davantage intelligibles et au-devant de la scène sonore. Les rythmes se sont aussi adoucis, entraînant par là même des ambiances plus carnassières encore, infusant sur des titres durs et noirs dans l’âme ("Kalm", "Loukatun Kunnia", "Pettava Suo"). L’agressivité est aussi plus frontale sur cet album, plus directe, certains titres la portent ("Silmainkaantaja", "Kaarmeekieli") avec une belle efficacité.

Cependant, je reste un amoureux transi des précédents albums et si ce "Perkeleen Weri" prolonge efficacement l’œuvre de FORGJÖRD et que j’y trouve mon compte, j’éprouve des émotions moins fortes que sur un "Ruumissaarna Pt. 1", par exemple. L’adjonction aussi d’un clavier et d’une gamme d’effets ont pu contribuer aussi à me porter plus aisément dans le voyage musical que proposaient facilement ces anciens albums. Je minore donc la note pour conserver une congruité avec celles des autres que j’ai bon espoir de chroniquer et de vous partager.

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