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Funeral Oration - Antropomorte
Chronique par Storm - Publiée le 06/01/2026
Funeral Oration - Antropomorte
Note : 4.5/6
Genre : Black Metal
Année : 2024
Label : Avantgarde Music
Pays : Italie
Durée : 37:46
Tracklist :
1.
Plenus Larvarum
04:32
2.
Amor Obsessio
04:42
3.
Cloaca cattolica
06:35
4.
Il serpente della genesi
04:30
5.
Notturno sepolcrale
05:57
6.
Stregheria
04:36
7.
Ebbrezza pagana
06:54

À l’évidence, personne n’aurait daigné lever le doigt pour indiquer qu’il connaissait cet obscur groupe italien. Et pour cause, après une césure de plus de vingt ans entre 1997 et 2017, seuls trois albums seront sortis du chaudron de ce quartet de Tarente. Le premier date de 1996, le second de 2019 et enfin celui-ci. Dans les années 90, la scène extrême italienne n’était pas des plus fournies et si l’on pense à EVOL mais aussi à OPERA IX ou bien plus difficilement à BEATRIK, FUNERAL ORATION était bel et bien resté dans l’ombre. Alors quand surgit devant moi cette pochette originale et mystérieuse, la curiosité l’emporta. La curiosité souvent paye et si parfois elle embarrasse, cette fois-ci elle induit un juste retour des choses. Nous sommes, nous autres chroniqueurs de NiME, de pauvres erres toujours assoiffées de nouveautés, ne souffrant pourtant jamais d’indigestion malgré les déluges quotidiens que nous nous enquillons pour flairer les bonnes sorties ou rattraper celles des années passées et perdues. Alors si cet opus mérite sa chronique, qu’a-t-il dans les entrailles ?

Attentif aux premières notes de ce "Anthropomorte" signé chez Avantgarde Music, telle ne fut pas ma surprise d’y entendre rapidement un Black Metal hanté et bien ficelé. L’impact de la production, ni trop galbée ni trop rachitique, met en valeur dès les premières mesures chaque musicien. La basse est bien audible – on le déplore bien trop souvent dans le Black Metal – et participe à cette impression d’envoûtement. FUNERAL ORATION, notamment au travers du jeu vocal de TheOldNick (non, vous ne rêvez pas !), semble prêcher tout du long de l’album une messe endiablée aux multiples tourments. N’utilisant pas la terreur de scream, TheOldNick déclame ses textes d’une manière quasi oratoire, et, additionné à la puissance lyrique de l’italien, un ensorcellement ténébreux nous gagne au fur et à mesure. Les riffs puissants s’acoquinent très souvent aux orgues que les claviers jouent avec brio. Et la recette fonctionne parfaitement sur des titres épouvantablement efficaces tels que "Amor Obsessio", et surtout "Cloaca Cattolica". Ce dernier nous fait pousser quelques ailes et nous fait aussitôt voyager intérieurement, où ruissellent des paysages nostalgiques, des mots-souvenirs mais aussi des émotions enfouies.

C’est la force de ce Black Metal liturgique et symphonique que nous propose FUNERAL ORATION. Et si "Anthropomorte" semble s’animer et s’articuler autour de la diction de ce diable de TheOldNick, les riffs sont très travaillés, les leads toujours superbement bien inspirés (un peu à la manière de leurs confrères de SADIST), et une forme de magie noire opère. Si l’album précédent, "Eliphas Love", était passé sous les radars, sa réécoute nous dévoile qu’il se fait le marchepied de "Anthropomorte". En finalisant sa recette concoctée en 2019, FUNERAL ORATION a gommé quelques imperfections – notamment au travers d’une meilleure production – pour nous assaillir, nous mordre et nous embaumer de titres suaves et empoisonnés. Même si la seconde partie de l’album est moins inspirée, le dernier titre "Ebbrezza Pagana", salement sali par un Death/Black Metal worldclass, nous revigore et somme notre corps à évacuer quelques derniers spasmes incontrôlés. D’ailleurs, la fin du titre est un régal tant une fièvre démonique l’emporte jusqu’au bout.

Même s’il ne s’agit peut-être pas de l’album de l’année, je concède aisément qu’il comprend des titres saisissants et mystiques. "Anthropomorte" est destiné à ceux qui veulent vivre une expérience assez inédite plus que guerroyer. FUNERAL ORATION a réussi à accoucher de son plus bel album, et ce dernier augure une suite bien intéressante, ma foi !

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