Nous pourrions parler de cet EP à la lumière de l’histoire qui se joue devant nous, mais nous nous y brûlerons les doigts très certainement. Ce qui appartient au cœur de Roman Saenko est on ne peut plus compréhensible, et d’ailleurs sa mise en musique force le respect. En revenant sur les terres encore fumantes avec ce nouvel EP, l’on remarque que HATE FOREST n’a pas changé. HATE FOREST n’a d’ailleurs jamais changé et ne le fera très certainement pas. Son âme est pure et se meut à la seule volonté de son indéfectible rage. Roman est cet homme puissant, cet ours sauvage et inapprivoisable, et son air sardonique toisant autrui mais aussi sa propre personne, lui donne l’aspect du belligérant absolu.
Alors si la guerre continue encore, la flamme de HATE FOREST aussi. Et d’ailleurs, cet incendie permanent dans cette forêt embrasée mais qui ne peut se consumer transpire dans chacune des œuvres de Roman depuis déjà plus de… vingt-cinq ans. Cette fois-ci, "Justice" jouit d’une production beaucoup plus directe et transparente qu’elle ne l’était sur le dernier album "Innermost" sorti deux ans plus tôt. L’aspect nébuleux du grésil des guitares – fortement présent depuis toujours – se veut beaucoup plus tranchant et moins embrumé sur ce nouvel EP. Principal résultat : une basse audible et des grognements encore plus profonds et amples qui anéantissent tout sur leur passage. Roman Saenko est un ogre aux vocaux impressionnants. L’avez-vous déjà vu lors de ses concerts sortir de sa bouche cette mitraille rauque et haineuse à la fois ? Il existe quelques vidéos dont je vous conseille le visionnage.
"Justice" ne révolutionnera pas l’identité déjà inscrite et tatouée au plus profond de HATE FOREST, mais donnera, avec une intensité toujours aussi véhémente et inamovible, quelques suées à ses fans. Roman Saenko, comme à son habitude, pulvérise la concurrence, si concurrence il y a. Sur les territoires de HATE FOREST, l’ennemi, s’il se présente, battra en retraite dès les premières minutes. Nul besoin de combattre, "Justice" est un assaut permanent qui fait feu de tout bois sur ces trois premiers titres. Mention spéciale à "Stronghold", mais surtout à "Rattenkönig" et à sa rage totale. La cavalcade de la batterie électronique ne gêne en rien le riffing de Roman, pire, elle accentue la colère qui semble s’expandre à l’infini. L’ambiance générale de cet EP qui fulmine ne peut être écrêtée. Authentique, le disque s’écoute comme il est. Et IL EST tout simplement. Pour finir, parlons aussi de cette plage de Dark Ambient qu’est "Izium Forest". Les amoureux de ce style y verront, aux entournures, les soubresauts déchiquetés de LUSTMORD, de NEW RISEN THRONE ou de NORDVARGR.
HATE FOREST revient, que dis-je, surgit plutôt, pour nous asséner encore de quelques coups de lames. Le pays brûle, le pays est en larmes, mais HATE FOREST promet de ne jamais baisser la garde et de ne jamais se résigner. "Justice" est un aveu à demi-mots d’une rage qui ne se tient plus, qui ne se contient plus et qui craquèle pour dévoiler son cœur de feu. Roman Saenko nous adresse donc une nouvelle lettre de guerre et vingt-deux minutes d’affranchissement pour envoyer au galop les chevaux de la haine. Cet EP est à ranger tout à côté de "Purity" (2003), et si vous avez la mémoire qui vous fait défaut, mettez cet album à la suite pour potentialiser leurs effets.