Je vous avais déjà parlé de LEIÞA, chers lecteurs, si vous vous en souvenez bien, avec l’album "Reue" datant de l’année dernière, et si je vous fais ce rapprochement inévitable c’est pour vous indiquer que Noise est au centre de cette entité mais aussi de celle qui compose KANONENFIEBER dans une largesse bien plus orientée Black/ Death Mélodique que suprêmement mélancolique comme les motifs riffesques de LEIÞA aiment à le développer. Forcément, au vu de la pochette et de l’accoutrement de Noise, mais aussi des multiples concerts qu’ils officient avec des musiciens tout aussi masqués que lui et demeurant anonymes pour honorer la mémoire du soldat inconnu, KANONENFIEBER intègre ces uniformes et ces masques de mort comme autant de combinaisons possibles de dénoncer l’absurdité et la monstruosité.
KANONENFIEBER (= la fièvre des canons dans la langue de Goethe), à l’instar de 1914 mais aussi de MINENWERFER ou encore de GHERZEN, s’appuie sur un champ lexical et une imagerie guerrière pour dénoncer le triste sort que réserve la guerre aux jeunes soldats jetés en pâture par les commandements et les ordres pour défendre une cause qui ne leur appartient déjà plus sauf, bien évidemment, à compter de l’heure de leur mort. Mirez cette superbe pochette bien évocatrice mais aussi celle du superbe et diabolique précédent album, "Menschenmühle", et percevez l’angoisse de ces jeunes recrues, l’odeur âcre et putrescente des tranchées et cette mise en coupe réglée des nations sur l’autel du sacrifice pour protéger ladite patrie.
Certes "Die Urkatatrophe" jouit d’une production bien plus puissante que le premier album, mais elle montre les muscles un peu trop radicalement selon moi. Mais allons dans le vif du sujet et parlons plutôt des compositions. Si l’on ressent bien évidemment l’identique lignée qui relie ces deux albums. Même durée à trois secondes près, ce nouvel opus se veut aussi plus direct et moins baigné par l’aspect mélodique qui avait fait tant d’émules lors de sa sortie, lui faisant gagner le respect et le succès parmi une palanquée de soldats Métalleux et de mutins d’autres scènes musicales. Sauf qu’à l’écoute de l’ensemble, on se sent un peu à l’étroit. Les titres sont bons, il n’y a rien à redire, mais de là à tous les trouver excellents je n’en suis pas si sûr. L’album n’a pas vraiment de zones d’ombre mais n’est pas non plus gagné par des fulgurances lumineuses, et son esprit guerrier se fait moins sentir que sur "Menschenmühle" au profit d’une aisance mélodique plus consensuelle. La diction toujours en allemand de Noise y concourt pourtant, mais quelque chose cloche. Sa voix superbe et suprêmement écorchée développe des motifs passionnants.
Les rythmes de ce nouvel album développent toujours une artillerie de feu et bombardent autant les neurones. "Die Urkatatrophe" comprend douze titres très énergiques, très Black/ Death Mélodique, c’est sacrément copieux, c’est un poil trop long aussi. Mais mes critiques s’arrêtent à cette ligne de front, car il faut bien reconnaître que Noise sait manier un sens irréprochable de la mélodie avec des motifs. "Lviv Zu Lemberg", "Waffenbrüder", "Der Maulwurf" sont des déluges de feu superbes, sacrément troussés en riffs accrocheurs. Je pense aussi à la très belle track "Menschenmühle" qui nous fait vibrer d’agressivité et de tristesse à la fois. Et puis il y a pas mal d’autres titres qui ne tournent pas en rond mais qui ne me font pas plus décoller que cela du charnier dans lequel s’embourbe un peu KANONENFIEBER. Je pense notamment à "Panzerhenker", "Ritter Der Lüfte" ou bien encore "Ausblutungsschlacht". Les titres sont bons mais j’ai comme une impression de déjà entendu.
Bon, je l’avoue maintenant dans cette chronique mais le projet KANONENFIEBER ne m’a jamais emballé plus qu’outre-mesure, mon album de comparaison en la matière reste le "Alpenpässe" de MINENWERFER. Autant je trouve le travail de Noise formidable sur le "Reue" de LEIÞA, autant l’accessibilité mélodique de KANONENFIEBER me joue parfois un peu des tours. On ne se refait pas, mais je reste impressionné par la qualité technique et de composition de cet artiste hors-norme qu’est Noise. Alors lorsqu’il s’agit de lui décerner une médaille, je reste un peu sur ma retenue mais c’est ma sale âme de dégénéré qui s’en offusque, car KANONENFIEBER mérite amplement les honneurs et il les obtiendra car cet album est dense, beau, technique et ouvert. Il propulse aussi son auteur au-devant de la scène et à raison. Pour conclure, mais vous l’aurez bien compris, je suis plus "Menschenmühle" que "Die Urkatatrophe". Comprenne qui voudra ou qui peut.