KIRKEBRANN ne vous dira sans doute pas grand-chose sauf peut-être aux explorateurs acharnés, aux orpailleurs solitaires et aux nihilistes patentés… qui se retrouveront sans nul doute dans le message du groupe. Norvégiens de leur état, KIRKEBRANN (qui se traduit par : « l’église qui brûle ») est actif depuis vingt ans mais ont été peu prolifiques. L’album qui nous préoccupe aujourd’hui n’est que le second de leur discographie, mais au vu de sa qualité, une petite chronique sortie de derrière les fagots n’est pas superflue. Le line-up enfin stabilisé alors que l’on peut dire qu’il a été particulièrement mouvementé au cours des deux décennies d’existence du groupe, KIRKEBRANN nous propose un assaut véhément d’une quarantaine de minutes en bonne et due forme.
Foncièrement anti-religieux, ces diables de Norvégiens sont des Punks dans l’âme et cette attitude se confond dans leur musique. Alternant entre un Black mélodique fougueux et des moments plus Black’n’Roll, KIRKEBRANN est puissant et rempli de vélocité. Les vocaux de Draug – qui ne fait pas dans la figuration – ont ce timbre écorché et buriné par le temps qui me rappelle un peu ceux de Satyr (SATYRICON) de la bonne époque (celle des 90s). Et je dois dire que je suis particulièrement friand de ce type de vocalises. Jamais trop emportées mais juste très racées et purement agressives. Elles forment un très beau duo avec le riffing souvent fort mélodique, je pense notamment à des titres tels que "Malstrøm", ou bien encore "Offer", "Jakten På Visdom". Mais aussi aux autres bien plus orientés sur un versant Punk – un peu à la DØDSFERD – tels que "Englemaker", "Manigest By Murder", "Narkose Psykose". Rageux et d’un emportement pourtant contenu – il n’y aura pas de blast à tout-va – KIRKEBRANN assure des titres qui prendront, on l’imagine aisément, une très belle dimension supplémentaire en Live.
J’aime beaucoup aussi la forme un peu épique que prend le riffing de "Nattevred", qui pour les très attentifs fera un rappel du riff central de "Oppi Fjellet" de STORM sur l’album "Nordavind" de 1995. Mais aussi la nonchalance de "En Slaves Frihet" avec son mid-tempo qui groove un peu. Nous pourrions imaginer l’album varié, mais il reste assez circonscrit à une ambiance générale assez similaire entre les titres. Et c’est peut-être aussi le défaut de "Mot Trellenes Forfall…". Un peu trop de titres et une certaine forme de linéarité pas désagréable mais un peu frustrante. J’avais imaginé, au regard de l’excellent premier titre très mélodique "Offer" - qui me ramène aux années 90 avec les MARDUK, SETHERIAL, GORGOROTH, ou bien à certains riffs de l’album de THE ABYSS : "Summon The Beast" – davantage de lignes de guitare entêtantes.
Second album et première pierre intéressante. Au regard des membres de KIRKEBRANN l’horizon se profile avec une suite qui sera pertinente d’écouter. À l’image de cette pochette très explicite, KIRKEBRANN adresse des majeurs aux brebis que nous sommes. "Mot Trellenes Forfall…" est donc un bon album très direct, jamais bas du front mais authentiquement rebelle. Il vous regarde donc de le découvrir, mais vous ne le regretterez pas.