KVADRAT va faire parler de lui en cette année 2024, en tout cas je lui souhaite, car "The Horrible Dissonance Of Oblivion" nous offre un travail émérite, d’autant plus respectable lorsque l’on sait que seule une individualité la compose. Ivan Agakechagias est cette personne qui organise ce chaos incroyable. Notons aussi que si la pochette et le logo sautent aux yeux, ils sont aussi l’œuvre d’Ivan. Les talents se dupliquent donc chez lui et correspondent entre eux. Et pour qualifier ce premier album, nous pourrions usiter de quelques adjectifs redoutables tant ce Black/Death dissonant renverse la table et se propage de manière nauséabonde, comme une émanation maléfiquement majestueuse.
Pour ceux qui se sont un peu distraits avec le dernier ULCERATE, "Cutting The Throat Of God", je dirai à ceux-ci de prendre une bonne inspiration, car le voyage avec KVADRAT va être suffocant et sacrément difficile à encaisser. KVADRAT ne faiblit jamais et assure tout du long de ces trois quarts d’heure de puissance, une vision cauchemardesque qui vous happe le corps, vous dissout le visage, et vous déchiquète au fur et à mesure. Si les ULCERATE, les SUFFERING SOULS vous donneront quelques occasions – certes parfois rares – de reprendre souffle, KVADRAT a décidé de ne jamais y concéder. Ivan Agakechagias, avec son growl caverneux, nous saisit à la gorge et nous fait virevolter violemment dans les airs, telle une petite chose. Ses assauts sont permanents et passent par tous les subterfuges possibles. Les riffs très expressifs, notamment du fait de leurs dissonances parfois prononcées, nous submergent par vagues entières. Et cette invasion de notre cerveau se fait beaucoup ressentir, notamment par l’interstice de cette sonorité spéciale des guitares. La basse, très audible, nous cogne, tout comme – vous l’imaginez fort bien – la batterie saccadée et vorace.
Et je me sens bien mal en point pour vous évoquer plus ou moins tels titres, tant "The Horrible Dissonance Of Oblivion" nous assène tant de frappes et de terreurs. L’album n’est point indigeste, mais juste terrible au sens premier du terme. Son titre introducteur, "Υπόγειος Λαβύρινθος", plante non pas le décor, mais les clous. Attendez juste la première minute s’écouler benoîtement et vous comprendrez. Les titres suivants virevoltent à la volée de la même façon : entre fracas dévastateurs, impitoyabilité des ambiances et semonces ténébreuses. Si vous souhaitez juste obtenir un semblant de répit, alors, peut-être, qu’il vous faudra écouter "Η Φρικτή Δυσαρμονία της Λήθης". Vous y trouverez un mur sonore abrupt et glissant, n’ayant nulle limite, au pied duquel, en levant les yeux, vous apercevrez quelques reflets lumineux soudains sur les parois. Il faudra alors vous armer de courage ou vous réfugier dans les bras fangeux du plus mélodique titre final "Ολική Αποσύνθεση" ; mais cette impression de protection ne durera pas. Pensiez-vous sérieusement que KVADRAT, super-prédateur féroce, vous laisserait tranquille ? Cette bête ignoble sommeillait déjà en vous, et Ivan Agakechagias l’a juste réveillée…
"The Horrible Dissonance Of Oblivion" est certainement un des albums de l’année, de ceux qui vous sucent jusqu’à la moelle, de ces terribles qui réouvrent les plaies pour les infecter, de ceux encore qui vous toisent à l’infini en vous regardant du haut de leur trône avec dédain et agressivité. KVADRAT réussit un tour de force et rejoint les grandes horreurs de l’année 2024 où, déjà, l’attend le bel AKHLYS. L’underground fourmille de ces albums de fous, qui jamais ne se pourlèchent le fondement, mais salissent la petite vertu du Metal pour laisser la saleté, le stupre et l’horreur faire abdiquer la raison.