LIMINAL SHROUD n’en est pas à son premier coup d’essai, "Visions Of Collapse" est le troisième album de ce groupe qui nous provient de Colombie-Britannique. Formé en 2018, ce trio pourrait bien jouer des coudes pour se faire une petite place bien méritée sous le soleil en éconduisant de belles pelletées de nouveautés davantage sommaires. Alors comment peut-il ou doit-il se démarquer ? D’abord, la cohérence entre son univers et la pochette qu’il envoie à la face du monde, peut-être… Mais encore ? Sans doute le travail immense et le refus de se compromettre à autre chose qu’à sa propre destinée tout en assurant sa lignée…
S’abandonner à des titres longs n’est pas toujours aisé pour tous les quidams consommateurs que nous sommes. Oui, nous consommons la musique, moi le premier, et c’est bien dommage très certainement. Rompu à ces nouvelles pratiques qu’exhortent fièrement les nouvelles générations et les futurs kids en puissance, le Black Metal, bon an, mal an, arrive toujours à se frayer ce chemin qui convainc et rallie la vieille à la nouvelle garde. LIMINAL SHROUD n’est point expérimental, il tente seulement de creuser son sillon. Les cinq titres que composent "Visions Of Collapse" dépassent pour la plupart les neuf minutes et demandent une certaine forme de lâcher-prise à l’impatience folle et à l’ennui morfondant qui nous guette. LIMINAL SHROUD distille un Black Metal rêveur et détaché, ni jamais trop atmosphérique, ni jamais trop mélodique, mais sans doute les deux à la fois.
Il s’exhale de ces compositions une certaine forme d’amertume, de tristesse et de romantisme noir. Les paroles, volontiers philosophiques et poétiques – fort bien écrites soit dit en passant –, apportent de l’eau à cette impression volatile. Et je ressens nettement ce type d’émotions à l’écoute du très beau titre d’ouverture "Nocturnal Phosphorescence", qui me rappelle DRUDKH, ou dans les complaintes du chant clair introduisant "Malaspina". Et même si tout n’est pas parfait, ce nouvel album, du point de vue émotionnel, en produit davantage si nous le comparons à son prédécesseur, bien plus brutal et agressif, "All Virtues Ablaze". Si l’on traîne un peu l’oreille, nous pouvons aussi y trouver des accointances avec d’autres cousins tels que WINTERFYLLETH, les premiers albums de AGALLOCH ou de WOLVES IN THE THRONE ROOM. LIMINAL SHROUD s’efforce de créer et de peindre des paysages sonores mélodieux en condensant des riffs jamais trop bruyants – un peu en arrière-plan de la scène sonore –, des rythmes alternant quelques blasts et des mid-tempo efficaces, ainsi qu’une voix hurlée intéressante mais qui ne fait pas de vagues.
Mais il y a de la monotonie aussi, et c’est peut-être aussi cela qui affaiblit l’album. Hormis le premier et le dernier titre de "Visions Of Collapse", mais aussi le très Prog Black Metal "Nucleonic Blight", qui sont plus marquants et entêtants, LIMINAL SHROUD se perd un peu parfois dans le dédale qu’il crée lui-même. Et c’est là que les longueurs apparaissent. Je pense nettement, pour illustrer cette impression, au titre "Resolve", qui pourtant, je le répète, n’est pas exempt d’efficacité. Il manque peut-être ce petit supplément d’âme qui ferait communier ce troisième album avec le déluge océanique et stellaire prometteur que nous offre la pochette.