Voilà encore des Suédois qui ont passé l’épreuve de la postérité sans jamais convaincre totalement des hordes de fans ni déchaîner tout à fait les foules. Pourtant, ce n’est pas faute à la technique hors pair de ces Suédois, on le sait bien, ça ne suffit pas. En soufflant les trente ans de leur premier album "Tusen År Har Gått…", Goth Gorgon et sa bande continueront-ils d’empoisonner l’air de leur Black/Death richement mélodique comme ils ont su le faire autrefois bien avant les années 2000 ou lors de leur brillant et remarqué retour en 2016, avant qu’un album fort intéressant naisse en 2020, "Hinsides Vrede" ?
Goth Gorgon avait quinze ans lorsqu’est sorti le bel "Tusen År Har Gått…". Fichtre, lorsque l’on prend en compte ce paramètre et que l’on s’éprend de ce premier album, ça force le respect. Tous les ingrédients qui ont fait la sauce des plus belles heures du Black Metal mélodique sont ici réunis avec une inspiration dingue et une technique irréprochable. Après réécoute, je concède cependant que ce premier méfait, tout comme le second "Return Fire", qui ne fait pas dans la demi-mesure niveau agressivité, ont tendance à moins bien vieillir que les premiers couteaux du genre (SACRAMENTUM, DAWN, DISSECTION en tête).
"Fasornas Tid" est quelque part bien moins sombre que le MÖRK GRYNING des débuts mais ne dévoie pas son Black Metal pour autant. Beaucoup plus large dans l’éventail des ambiances qu’il aime à proposer, il conserve un cœur mélodique ultra-affirmé tout en lorgnant davantage sur des propositions plus Mélodeath, avec des touches plus progressives. Et cela fonctionne sur bien des titres. En disant cela, je pense notamment à la passionnante pièce éponyme avec ses claviers enchanteurs et ses leads bien puissants, ou bien encore à la très Heavy/Black et pièce suivante "Before The Crows Have Their Feast". Et puis il y a aussi ce côté Viking, ou du moins quelques motifs épiques sur certaines pistes, qui nous suggèrent ou nous rappellent les origines du combo avec une belle efficacité ("Savage Messiah", le superbe passage notamment de "The Serpent’s Kiss" à 01:45, le sombre et aventureux titre "An Ancient Ancestor Of The Autumn Moon").
Plutôt que de lasser son auditeur en lui assénant des compositions longues, MÖRK GRYNING ventile son album d’un nombre de titres plus conséquent (au total, ils sont dix et de durée équivalente si l’on exclut l’intro et le titre acoustique "Barren Paths") mais gorgés de mélodies Heavy avec quelques solos bien sentis ("Black Angel", sans oublier celui somptueux de "The Serpent’s Kiss") et des riffs bien entraînants ("The Seer"). Et si j’illustre mon propos par pas mal de titres finalement de ce septième album, je dois admettre qu’il leur manque majoritairement un soupçon d’âme supplémentaire pour enchanter totalement. Beaucoup moins Black Metal et bien plus varié aussi qu’à leurs débuts, les Suédois de MÖRK GRYNING nous assènent un album qui, s’il ne fera pas date, ravira tous les fervents amateurs de mélodicité. Difficile de congédier "Fasornas Tid" de la sorte tant le nombre de détails et la richesse importante des riffs et des leads, les jeux vocaux très justes et la batterie maelström et millimétrée sont aux avant-postes. Peut-être que c’est un peu trop. Peut-être un peu trop bien fait, mais en tout cas c’est remarquable.