Cela fait toujours plaisir de découvrir des albums plaisants que l’on n’aurait sans doute pas vu passer parmi le flot ininterrompu des sorties. Il faut dire que cette pochette kitschissime et un peu désuète, très 90s jusque dans ses pixels, nous renvoie à des heures bien glorieuses où les châteaux ténébreux émaillaient l’artwork de nombre d’albums sous l’impulsion du bien connu Christian "Necrolord" Volin – que l’on se doit de citer. NAKHTERON est un projet très récent, puisque son aventure mélodique démarre en mai dernier. Sergei Mishukov, seul maître à bord, entame donc son œuvre en nous proposant pas moins de dix titres pour plus d’une heure de musique de manière indépendante.
Et justement la morsure d’un Black/Death mélodique, richement doté en leads, fait son entrée par la grande porte dès les premières secondes. Les guitares sont au centre des débats de ce projet et ont clairement des velléités assassines de nous empoigner de leurs mélopées pour nous embarquer le long de ce chemin de glace menant à ce château. Nous sommes donc ce cavalier solitaire qui erre dans un univers Fantasy, épique et sombre sous les hostilités hivernales. "When Darkness Fell" tire son épingle du jeu. La mélodicité sans faille, très travaillée, me rappelle les travaux de Stephen Kummerer (THULCANDRA), avec ce sens marqué de nous embarquer aisément dans une épopée aventureuse assez singulière. De plus, il y a quelque chose de marqué très 90s, d’où l’on perçoit les influences du Black Mélodique suédois (DISSECTION, NECROPHOBIC, mais surtout de UNANIMATED période "Ancient God Of Evil" of course !). NAKHTERON ne se débat pas donc dans de la repompe ou de la contrefaçon grossière, mais marque plutôt son territoire près des contreforts d’albums grandioses et qui ont marqué leur temps… Et des générations aussi.
Et cela se ressent et prend forme de manière très sérieuse sur certains titres qui savent nous transporter. Je pense très certainement au titre majestueux "The Lost Kingdom", qui atteint sa vitesse stationnaire – et est paré pour une belle mise en orbite – une fois les deux premières minutes passées, avec un riffing superbe vers la cinquième minute que je vous enjoins d’écouter. Mais l’album continue aussi à nous surprendre sur les trois autres titres suivants. Souvent, le ventre mou d’un album occupe cette place, mais pas chez NAKHTERON. Sergei Mishukov a pris grand soin de travailler chacune de ses compositions, et cela se ressent grandement. "Abyssal Depths", son rythme doomy, son ambiance mélancolique, qui nous enjoint à marcher au pas et à prendre part à une armée des ombres traversant des paysages retors. "The Blight Throne", avec son introduction à la DISSECTION et son Melodeath galopant, rapidement entêtant, qui pourrait nous rappeler la scène de Göteborg ou du Death Mélo finlandais (GATES OF ISHTAR).
Si je concède des bémols à cet album, j’indiquerai en premier lieu que j’émets une petite réserve sur le chant de Serguei, que je ne trouve pas assez profond et un peu forcé. Dernière chose, les blastbeats sont parfois trop présents et beaucoup trop linéaires. La batterie programmée peut paraître non pas fantasque mais un peu trop prévisible, un effort est sans doute à faire de ce côté. La production très claire et cristalline rend bien des services aux guitares mais sans doute un peu moins aux vocaux. Mais le travail est conséquent et se doit d’être félicité. À l’écoute de "When Darkness Fell", je saisis aisément la marge de progression possible de Serguei, qui à mon sens en a pas mal sous le coude.