J’ai toujours su « picorer » – si j’ose parler ainsi – et puiser mon bonheur au sein de la discographie de NOCTURNAL DEPRESSION et ce depuis leur premier album, "Nostalgia - Fragments Of A Broken Past". Et je ne manquerai pas de nommer surtout la démo exceptionnelle de 2006, sortie de manière contemporaine à ce premier album, la bien nommée "Four Times To Depression", avec ce titre trippant mort "Spring" qui m’a enivré et m’enivrera toujours autant. D’ailleurs, pour mieux passer en revue les débuts prometteurs et géniaux de ce groupe grenoblois, je ne peux que vous conseiller de mettre vos oreilles sur "Deathcade", sorti en 2017 sous les attributs d’un album, alors qu’il pourrait s’agir davantage d’une compilation.
NOCTURNAL DEPRESSION officie, comme son nom laisse à le penser, dans la sphère acide du DSBM, mais parmi le haut du panier : jamais trop caricatural, jamais trop agonisant en somme. La sombreur chevillée au corps, NOCTURNAL DEPRESSION est une forme poétique et acerbe à la fois d’un Black Metal écrasé sous le poids de la mélancolie. La lumière ou les vaines tentatives des rais de percer la carapace noire n’y feront rien. Les Grenoblois savent manier la fragile beauté des riffs pour absorber ces quelques rayons et les rendre nervaliens ou baudelairiens. D’ailleurs, en 2015, leur album "Spleen Black Metal" a squatté pas mal mon chevet pour diverses raisons. Alors, m’atteler à écrire une bafouille sur ce nouvel album est pour moi un honneur, tant ce groupe a su me donner quelques frissons à certains moments opportuns.
"Perpétuelle Éclipse" est sans conteste – et je le dis tout de go – la sortie que j’attendais de ce groupe. Celle qui clouera la concurrence et sublimera l’ensemble de leur œuvre. D’abord, la production y sonne de manière excellente, avec une puissance de feu mais sonnant de manière trébuchante et naturelle. Et puis les riffs y sont excellents et emplis d’une ampleur émotionnelle sans précédent dans la discographie du groupe. Dès les premières secondes de "Waltzing Among Graves", la mélodicité du titre fonctionne à merveille, permettant à la mélancolie de s’y immiscer de tous les côtés. Si ce premier morceau donne le ton, le reste le confirmera, et ce tout du long des plus de cinquante minutes de "Perpétuelle Éclipse".
Les breaks ingénieux du titre suivant, "When My Time Has Come To Die", enfantent un vrai voyage onirique ou intime. Le chant puissant de Lord Lokhraed est congruent avec ce désenchantement total et signe une véritable plus-value à nouveau sur cet album. Les violons de la ballade "Self Murdered Woods" m’ont passionné et les égosillements du Lord m’ont comblé. Bizarre le Black Metal, n’est-ce pas ? Et que dire des deux dernières minutes de ce titre ? Peut-être en un mot : somptueux. Subsistent en effet quelques longueurs ou riffs moins inspirés sur cet album, mais cela reste à la marge car, par exemple, si le début du titre éponyme m’a laissé davantage de marbre, sa fin torturée m’a ravi et pas qu’un peu.
Pour conclure et synthétiser cet album, je dirai qu’en plus de valoir l’écoute ou de le découvrir, NOCTURNAL DEPRESSION est une chance pour la scène DSBM et une fierté qu’un tel album, aussi réussi soit-il, ait été incubé dans l’Hexagone. Ce n’est pas la sortie du siècle, mais une très belle de 2024, et à cet égard, ce fut un honneur d’écrire cette chronique. Les amateurs de MAKE A CHANGE KILL YOURSELF, du SHINING belle époque auront de quoi se sustenter royalement.