Depuis 1988, les Allemands de DESASTER ont décidé de visser le Thrash dans la tronche d’une musique plus agitée encore, que l’on nommera un peu plus tard le Black Metal. À cette époque, les contours de ce style ne sont pas clairement écrits. Le Speed Metal, le Thrash et quelques relents Heavy sont de la partie. Migrant de terres en terres entre ces différents styles, le Black Metal s’affirme de plus en plus comme un mouvement plus agressif et extrême, et traverse encore les frontières poreuses du Metal fournies par les aînés. Fournissant quelques démos bien démones au début des années 90, dont la fameuse "The Fog Of Avalon", sacrément proto-Black (un must du genre) en 1993, les Allemands de DESASTER s’émancipent surtout avec "Lost In The Ages", sorti l’année suivante. Celui-ci nous fait entendre la direction choisie par le groupe, celle de devenir le fer de lance du Black/Thrash Metal tout en rendant hommage aux pionniers que sont VENOM, KREATOR, SODOM, DESTRUCTION, CELTIC FROST et BATHORY.
Ce qui nous amène, un premier album plus tard, dont nous reparlerons ("A Touch Of Medieval Darkness"), à cet EP saisissant qu’est "Stormbringer". Les Allemands jouent dorénavant sacrément sale, vite et agressif. Considérés à leurs débuts comme trop Thrash pour les Blackeux et trop Black pour les Thrashers, les Teutons mettent une bonne fois pour toutes tout le monde d’accord, notamment avec ce "Stormbringer", passionnant et maîtrisé de bout en bout. Les riffs tranchants et primitifs ont cette aura sombre et épique, typique de l’identité de DESASTER. Répétant inlassablement la nuit après leurs journées de taf, le groupe développe son son rugueux et durcit le jeu belliqueux ainsi que la vision fidèle et archaïque qui vont les suivre et qu’ils incarneront à la perfection.
En résultent des titres magnétiques, pulsatiles, qui provoquent des envies de désastre justement. Cette sensation de violence, presque live, qui traverse les six morceaux, nous donne l’impression, à l’écoute de cet EP, d’être dans un souterrain enfumé sentant la sueur et la rébellion. Rien que le titre éponyme d’ouverture est un must du genre. Entraînant et fouettant à tout bout de champ les épidermes, sous le haut patronage de riffs sales et de la voix haranguée et malaisante d’Okkulto, "Stormbringer" nous livre six minutes de brutalité assumée et de pyromanie de la pensée. Et que dire des deux titres suivants que sont "The Swords Will Never Sink" et "Sacrilege" ? Qu’ils sont survitaminés et schlinguent le Thrash noirâtre, le feu, l’acier, la vitesse et le sans-compromis. L’esthétique guerrière et médiévale de DESASTER, qui transpire aussi dans cet EP, provient de l’amour d’Infernal et d'Odin (les compositeurs du groupe) pour l’histoire moyenâgeuse et le rejet des thématiques satanistes « à la mode » dans ces années-là. Le dernier titre, "Emerging Castleland", tranche d’ailleurs avec les autres – notamment la reprise de KREATOR ("Tormentor") –, avec son esprit certes germanique mais quasi Viking Metal. Une belle surprise, encore !
Avec AURA NOIR, WITCHERY et NOCTURNAL, les Allemands de DESASTER se démarquent par une attitude plus sombre et un style beaucoup plus guerrier qui ne vont jamais se lisser. Leur discographie parle pour eux. Le dernier album en date, "Kill All Idols", chroniqué en ces pages, nous prouve que plus de vingt-cinq ans après leurs débuts, DESASTER reste DESASTER. Rien à jeter dans cet EP qui fleure bon le prochain album majestueux que sera le brûlot "Hellfire’s Dominion". En attendant sa prochaine chronique, j’ai bien envie de lui foutre la note maximale, à celui-là : il le mérite sacrément. Et puis merde, c’est fait ! On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, et il faut bien attirer les sphynx tête de mort, je vous prie, avec le plus possible de lumière des étoiles.