Dixième album pour ces Allemands qui jouissent d’une longévité sans faille et continuent à nous attaquer avec un appétit toujours aussi féroce. Jugez plutôt. Si les bons nostalgiques et les vieilles branches se souviennent bien, les Teutons ont commencé leur offensive par des démos à la toute fin des années 80 avant d’emboîter leur pas dans le milieu des 90s avec des sorties de renom telles que l’EP "Stormbringer" (1997) ou bien encore l’album long format lui succédant, "Hellfire’s Dominion" (1998). Véritables brûlots de Black Metal aux accents thrashy fortement marqués, ces albums qui me plaisent encore beaucoup ne sont pourtant pas les seuls à tirer leur épingle du jeu dans la discographie du groupe. Citons également l’épique "Tyrants Of The Netherworld" sorti en 2000.
Cette fois encore, les Allemands de DESASTER sortent les guitares du feu et brûlent les riffs de mille flammes mélodiques. "Kill All Idols" se veut très cohérent et lisible à la fois. Et, bien que la recette du Thrash Black Metal soit déjà bien éculée, nous ressentons vivement l’aisance des musiciens tout du long de l’album. Hormis le batteur, Marco Hontheim, arrivé au sein du groupe en 2018, les autres membres du groupe se connaissent depuis fort longtemps. Infernal, compositeur et fondateur de DESASTER en 1988, partage l’authenticité de son auge avec Odin, le bassiste en titre, depuis 1992… Du côté du Metal extrême, cette durée d’existence force le respect : tout le monde sait bien que ces types ne sont pas devenus riches avec DESASTER. Pourtant, cela fait déjà vingt ans que les Allemands ont signé chez Metal Blade Records, une maison qui n’est pas vraiment un label à la petite semaine.
Lorsque l’on parle de Black/Thrash Metal, d’autres groupes pourraient être suggérés par vos neurones : AURA NOIR, ABSU, INFERNÖ, BEWITCHED, MYSTIFIER et puis les antiques SARCÓFAGO. Mais DESASTER a tout de même quelque chose de très particulier qui le fait osciller pas mal entre les ambiances d’un Black Metal aux atmosphères occultes et agressives, et les riffs tranchants d’un Thrash Metal hérité des SODOM, KREATOR ou bien encore DESTRUCTION. Depuis leurs débuts, nos chers Allemands conservent leur énergie « old school », libre, authentique et loin de toutes les tendances des chants des sirènes commerciales. La musique de DESASTER, et "Kill All Idols" n’y coupe pas, respire l’underground des 90s avec cette production volontairement abrasive, toujours rugueuse et jamais trop lisse. Et cette loyauté aux valeurs guerrières du Black et du Thrash a toujours assuré à DESASTER une fanbase fidèle.
Et, pour le coup, vous en aurez pour votre grade, vous, les petits nouveaux peut-être. Car les titres de ce nouvel album ont dans leur ADN une prise directe avec votre métabolisme rebelle. Une nouvelle fois, Infernal fait des miracles avec le riffing. Écoutez donc par exemple la superbe et mélancolique composition qu’est "Towards Oblivion" qui, de par sa mélodicité attachante et savante, nous enchaîne passionnément dans les 90s. "Ash Cloud Ritual", avec ses changements de rythme endiablés, sa rugosité Death, et son ambiance doomy, tout comme l’autre titre assez similaire "Stellas Remnant", apportent une belle variété face à d’autres titres plus véloces et enragés encore ("Great Repulsive Force", "Throne Of Ecstasy", "Kill The Idol"). Mention aussi fort honorable à "Fathomless Victory" et à "Emanation Of The Profane", aux mélodies moins violentes et aux attaques plus mesurées.
Il est possible que, pour les aficionados du Black/Thrash, cet album paraisse plus doux que sa pochette ne le laisse présager ; néanmoins, je reste pour ma part très agréablement surpris de la belle palette émotionnelle que certains titres proposent. "Kill All Idols" n’est certes pas révolutionnaire, mais il transpire de maturité. Le chant, bien féroce et puissant (un sacré bon point, c’est à noter), les très jolis leads, la basse bien présente et le jeu pur du batteur donnent du caractère à cet album. DESASTER accomplit un retour aux sources avec ce dixième opus tout en l’agrémentant de registres plus variés. Cela en fait également un disque plutôt accessible, burné et bien troussé à la fois. Je suis conquis du début à la fin, même si certains titres sont moins accrocheurs ("Throne Of Ecstasy", "They Are The Law", "Stellar Remnant"). En tout cas, l’album se termine en beauté avec "Idol’s End (outro)", une instrumentale fort bien réussie. Bravo et hail DESASTER !