L’annonce du nouvel ENSHINE fut ce que je pourrais appeler un oracle chosifié en un éclair splendide, bariolant un ciel de nuit magnifiquement étoilé. Comme un présage annoté de points de suspension, le précédent EP, "Transcending Fire", dernière sortie en date d’il y a déjà cinq ans, nous avait laissés captifs de volutes ténébreuses, mais qui se sont dissipées depuis. La base de fans fidèles que nous sommes attendait fébrilement un signe des cieux, ou un quelconque soubresaut d’actualité pour tarir l’idée que ENSHINE pouvait ne plus être. Jari Lindholm, l’homme-orchestre de ce projet, n’avait pourtant pas jeté son dévolu sur autre chose entre-temps, participant comme invité de marque à quelques autres albums (le "One With Dawn" de FRACTAL GATES, chroniqué en ces pages avec son comparse Sébastien Pierre, le dernier SOLILOQUIUM que je vous recommande, et plus anecdotiquement d’autres projets).
Si Sébastien Pierre assure le chant au sein de ENSHINE, toute la matière instrumentale prodigieuse, immersive et cosmique sort du chaudron bouillonnant de Jari Lindholm. Et si vous grattez un peu dans votre mémoire, il y apparaîtra l’unique album de SLUMBER, "Fallout", sorti il y a déjà plus de vingt ans… qui a défrayé la chronique par ses aspects visionnaires et singuliers, hautement qualitatifs, de son Doom/Death atmosphérique beau à pleurer. Beaucoup d’entre nous estiment par ailleurs que ce monument est à ranger parmi les albums indispensables, tant sa portée mélodique, mélancolique et la grâce des leads tutoient le divin. Alors, lorsque Jari Lindholm jaillit des ténèbres nocturnes avec le premier album de ENSHINE, le majestueux "Origin", en 2013, il convoque la splendeur du Doom/Death avec les éléments stellaires et les poussières cosmiques pour former un agrégat de riffs puissants, enveloppés d’atmosphères lévitant dans la matière noire mouvante du Metal. Progressif, mâtiné d’éléments Post et éthérés, ce premier album, interprété déjà au chant par Sébastien Pierre, marque par ses ambiances tantôt agitées, tantôt rêveuses.
En 2015, "Singularity", le second album, paraît et développe davantage des motifs plus spacieux, transis et engourdis par des nappes de claviers omniprésentes, plus cinématographiques encore – à la manière d’une bande-son de film de science-fiction –, mais également enveloppés dans une brume solaire opaque et bien plus Post… Mais passons, si vous le voulez bien, à cette surprise, ce cadeau universel tombé de la troposphère qu’est ce troisième album, "Elevation". Œuvre inimitable et magique à plus d’un tour, constellée d’atmosphères mélodiques de premier rang et de nappes synthétiques délicates, incrustées de minerais – que ne renieraient pas certains artistes brillantissimes de l’IDM (Intelligence Dance Music) –, cet opus défie la gravité du Metal. Et d’ailleurs, Jari Lindholm est revenu à une recette bien plus Doom/Death Atmosphérique avec "Elevation". Les éléments Post, prégnants sur "Singularity", qui ont pu faire sourciller une frange de fans, ont quitté pour la plupart l’orbite du projet ENSHINE. Ce retour aux sources, couplé à une production superbe, fait de cet "Elevation" un disque puissant émotionnellement.
Il en résulte des titres absolument cristallins du point de vue des mélodies, avec des leads dentelés tissant des toiles reliant les constellations des riffs et celles des nappes de claviers. La voix de Sébastien Pierre n’est certes pas celle de Miko Kotamäki (SWALLOW THE SUN), mais elle suffit à porter les compositions de Jari au firmament. Les cinq premiers titres de l’album sont monumentaux. Développant des tempos souvent lents, potentialisant l’effet contemplatif créé par les guitares aérées, chacun d’entre eux se débat dans un clair-obscur tantôt lumineux et apaisant, tantôt ténébreux et agité. Avec des leads entêtants, qui vont rapidement et durablement s’incruster dans votre mémoire, "Where The Sunrise Is Felt" et "The Moment", notamment, vont vous faire emprunter le sentier de la rêverie et de l’introspection. Mais nous pourrions définir de manière similaire les deux premiers titres de l’album que sont "Shimmering" et "Heartbliss", dont la majestuosité frappera vos cœurs, avec de très beaux contrastes entre le calme apparent d’un Doom Mélodique savoureux et l’agressivité notoire d’un Death Atmosphérique point trop courroucé.
J’apprécie tout particulièrement la piste instrumentale "Distant Glow" qui, avec le retrait évident des guitares au profit des claviers très présents, m’a littéralement envoûté les neurones de ses boucles progressives. Et puis je n’omettrai pas de tirer mon chapeau au titre "Reignite", qui conclut l’album et porte tellement bien son nom. D’une mélancolie douce et enveloppée de riffs bienveillants, il nous habille de sa robe ressuscitée, comme au bon vieux temps d’"Origin". À nouveau, le charme opère magistralement… C’est dire si ENSHINE brille de mille feux radieux, mélodieux et transperçants en ce début d’année 2026. Il a rajouté de l’hiver à l’hiver et a éclairci un peu plus encore le ciel nocturne pour les futures observations des objets célestes. Je n’en attendais pas autant de ce "Elevation", alors la surprise est de taille, et est même grandiose. Les prières des fans que nous sommes ont été exaucées : "Elevation" est juste sublime et augure, je l’espère, un avenir et une suite exceptionnels, baignés par l’impatience et la dévotion.