Dans la famille des dégénérés, je choisis le petit-fils STUPOROUS qui, dès le berceau, ne s’embarrassait pas d’affoler ses aidants en les épouvantant de ses comportements étranges. Pourtant, bien déterminé à s’épanouir, cet enfant-Satan, tout en s’agitant de spasmes effrayants, se passionnait pour les ruines et les odeurs âcres. Digne rejeton d’un SILENCER qui aurait jeté son dévolu sur un WORM, STUPOROUS saisit l’écoute en maudissant et en injuriant à la volée les cieux environnants. "Asylum’s Lament" est donc une de ces progénitures maudites dotée de la plus belle des génétiques.
Le concept asilaire de l’album n’est point trop caricatural puisque son ambiance, parfois dérangeante, évoque avant tout les chuchotements et les soliloquies des corridors usités où règnent les angoisses paroxystiques et cruelles, et où se figent des trajectoires de vie oppressées de toutes parts. Mais STUPOROUS ne nous sert pas un pilulier de DSBM bourré de psychotropes, mais nos Néerlandais se font plutôt l’écho et le réceptacle des souffrances ordinaires d’être perdus en eux, et abandonnés de la vie. "Asylum’s Lament" ne singe donc pas sa thématique mais l’emmène davantage sur des pentes mélancoliques et miséricordieuses. L’utilisation du cor est savamment orchestrée pour magnifier des ambiances qui auraient tendance à se décharner au fur et à mesure. Instrument peu commun au sein du Metal extrême (hormis chez nos Hongrois de SEAR BLISS), l’utilisation qu’en fait Izzy Op De Beeck est assez remarquable. Ses sonorités cuivrées forment à elles seules des ambiances empreintes d’émotions tristes que les notes jouées épaississent d’un brouillard mélancoliforme et tenace.
STUPOROUS nous offre son premier album et le catégoriser et le qualifier ne serait pas chose aisée. L’éther d’un Post-Metal parfois onirique pourrait nous faire penser parfois à du DEAFHEAVEN ("Distorded Echoes"). Le jeu vocal, notamment de Devi Isgen, est vraiment pluriel et varié à l’intérieur même de chaque titre, ce qui le rend intéressant et captivant. Mais s’il me faut trancher, je dirais que "Asylum’s Lament" est un album de Doom/Black Metal envenimé ("Throne Of Madness"), fiévreux ("Decorating The Willow Tree"), et mélancolique ("Distorded Echoes"). Certaines compositions proposent des ambiances lascives qui se font tordre rapidement par d’autres qui s’y superposent pour les ramener en enfer. En résulte une forme d’étouffement progressif où des montées anxieuses ainsi que des sentiments d’effondrement se font au fur et à mesure ressentir. Cependant, si je dois émettre une réserve mais aussi entrevoir un espace de progression, ce serait à propos de la production que je ne trouve pas assez transparente et qui m’empêche d’apprécier la foultitude de détails. L’album est sombre et sa sonorité en est teintée.
STUPOROUS a cependant un boulevard devant lui tant sa créativité et son inventivité se ressentent. Son côté sludgy et désenchanté rendent l’écoute véritablement digne d’intérêt. Nous ne sommes plus pincés par notre propre curiosité – notamment par cette pochette intrigante – mais davantage par la conviction de détenir dans les mains le premier jet psychotique d’un groupe qui a décidé de croiser les fers avec ses propres démons. En leur demandant de s’agiter encore de leurs derniers soubresauts, STUPOROUS s’engage à être perçu comme un groupe jusqu’au-boutiste capable du pire comme du meilleur. Malgré quelques fugaces approximations, STUPOROUS est une bien belle découverte, à l’image de cette pochette éclairante de désenchantement.