ULCERATE est labyrinthique et cet album gorgé de dissonances (quoiqu’en moindre nombre) en tous genres, saturé de riffs tueurs, est un monument en son genre. Lorsque "Cutting The Throat Of God" démarre son feu ardent, les braises déjà chaudes du précédent opus "Stare Into Death And Be Still" sont encore rougeoyantes et nimbées d’une lumière à laquelle les Néo-Zélandais nous ont habitués progressivement déjà depuis "Vermis" (2013). Cette fois – et plus encore que précédemment – le Brutal Death que l’on aime à qualifier de Technique d’ULCERATE nous accroche plus volontiers l’âme et les sens.
Non pas que la noirceur est disparue de leurs oripeaux humains, mais les titres volontiers alambiqués (dans le bon sens du terme), en conservant leur atmosphère intense, se sont entichés d’une dose de mélodicité supplémentaire et d’un surplus d’éléments harmoniques bien ficelés que le groupe embrasse dorénavant à volonté. Car, ULCERATE tient encore la baraque du Brutal Death Tech survolant bien entendu la concurrence. Le travail de forçat du groupe, leurs ambiances riches, contrastées et leurs nombreuses nuances paient et intimident toujours autant lorsque défile dans nos oreilles le résultat final. Du titre d’ouverture, "To Flow Through Ashen Hearts", plus lumineux qu’à l’accoutumée s’agrippent néanmoins les mâchoires puissantes, tous crocs dehors, d’une férocité affamée. La batterie d’une vigueur extrême donne le ton d’une dévoration acharnée, à toute berzingue, mais aussi tout en subtilité. Le jeu de Jamie Saint Merat est toujours aussi fascinant et renvoie aux calades grecques des cohortes entières de batteurs de renom.
Les riffs dégoulinent de mélodies et forment des grappes entières se ramifiant toujours et encore pour potentialiser leur impression labyrinthique. Ils s’évertuent de prime abord à étouffer, à enserrer, à disloquer, pour que l’instant d’après ceux-ci puissent se rapprocher le plus près de nous de la manière la plus neutre possible sans sentiment belliqueux ("The Dawn Is Hollow"). Mais croire en ce pacifisme soudain nous ferait courir à notre perte car ULCERATE façonne la Mort de ces notes d’argile, de ces braises sonores, de cette tension permanente qu’il induit de la plus vorace des façons. "Further Opening The Wounds" m’a bluffé tant son approche mélodique est puissante et nous arrime aux portes entrouvertes de l’enfer. Diable ! Qu’ULCERATE sait nous maltraiter, sa conduite prédatrice dissipe toute tentative de rébellion. Son poison inodore et incolore se fond à notre respiration lors de l’écoute du titre prodige "To See Death Just Once" avec ses changements de rythme infernaux, ses atmosphères hantées… Nous voilà traînés aux vents de la dissonance, balayés comme un vulgaire chiffon aux quatre coins de l’horizon avec une violence absolue.
Les vocaux de Paul Kelland sont toujours aussi acerbes et vils. Acmé ultime concernant ce diable, sa performance sur le monstrueux et infernal titre "Undying As An Apparition". Son souffle diabolique réunit les quatre cavaliers de l’Apocalypse (Mort, Famine, Guerre et Conquête) pour s’allier aux leads d’épouvante que ce titre crache en brûlant. Sans doute le titre le plus éprouvant mais aussi le plus habilement composé de ce septième album. Un joyau pur de dissonance absolue et d’écoulements atmosphériques, abyssaux et cosmiques (rien que ça)… Le titre éponyme qui clôturera "Cutting The Throat Of God" est aussi magistralement mélodique et sonne aussi la dernière salve de révolte pure et ce jusqu’au dernier instant. Quand l’album s’éteint de sa propre mort, voilà qu’une heure vient de passer. À l’écoute de cet opus abondant, indigeste et insatiable, éhontément et suprêmement magistral, vous ne vous en sortirez pas et plus. Une leçon de Metal extrême en somme.