En s’étant acoquiné lors de leur dernière tournée avec AT THE GATES, avant l’effondrement du monde lié à cette sombre histoire de pandémie, les Suédois de VANHELGD ont décidé de remettre le couvert et de proposer pour leur sixième album un cocktail ravissant d’un Black/Death Metal bien mélodique et furieux à la fois. Et si le groupe ne vous est pas familier, disons que les premières secondes de "Atropos Doctrina" nous font bien sentir le bain radieux dans lequel le line-up se prélasse dorénavant, tant il concentre toute l’histoire de jouvence du Metal extrême suédois.
Depuis ses débuts en 2008, le groupe a évolué au fur et à mesure de la succession de ses mues. Passant d’une ère très Death Metal old-school, aux limites du gore et du Punk indécent sur ses deux premiers albums notamment, VANHELGD est parvenu à se forger une identité bien plus mélodique et endrapée d’un voile mélancolique tenace à la fois opaque et beau. Car les mélodies cristallines, les leads saillants, font partie du matériel acquis à la cause du groupe. Et cette orientation bien plus intelligible et beaucoup plus sensible donne aussi un panel d’ambiances pas inintéressantes. La pochette assez remarquable signée par le guitariste/chanteur Mathias Fritz, excusez du peu, nous donne aussi quelques clefs sur l’atmosphère véhiculée par le groupe. En effet, elle représente Atropos, l’Inflexible, l’une des trois divinités du destin dans la mythologie grecque, outillée de sa paire de ciseaux sectionnant le fil de la vie.
VANHELGD produit un album assez touchant et agressif la fois. La voix de Mattias Frisk fait aussi des merveilles car son timbre assez arraché nous laisse sur ce fil suspendu au-dessus des ténèbres. Il y a de la tristesse dans sa voix mais aussi de l’acharnement à emporter l’auditeur dans les tourments des guitares. Les Suédois ne font pas dans l’album brut de décoffrage mais davantage dans l’expression de sensations saisies au vol. Si une certaine forme de linéarité est de mise, elle participe aussi à l’homogénéité de "Atropos Doctrina". Il y a des riffs tueurs et des breaks saisissants dans certains titres, au premier rang duquel je mettrais "I Ovigd Jord" avec son caractère désenchanté, que la batterie accompagne avec brio, ou bien encore le poisseux, sombre et lourd titre "Kom Dödens Tysta Ängel" superbement bien foutu. Les Suédois de VANHELGD ne font pas que de nous distribuer des coups, il nous entrave aussi la pensée. Et je dois dire qu’en termes de Black/Death Metal, il est bien rare de trouver cet équilibre entre puissance et désespoir. Si "Galgdanstid" nous fera lever le cou et portera un espoir ténu avec ces breaks plus enflammés que d’ordinaire, sa courtesse ne permettra pas de chasser les nuages noirs, que le premier titre "Saliga Äro De Dödfödda" avait introduit avec grand fracas.
Malgré tout, "Atropos Doctrina" souffre un peu de cette linéarité tout du long de sa durée. Certains titres – sans doute moins complexes – nous font perdre un peu l’attention du fait de leur ressemblance ou de similarités évidentes. L’épreuve du temps devrait sans doute étouffer un peu malheureusement ce bel album, qui n’est ni un coup d’épée dans l’eau ni un second couteau banal et commun. VANHELGD ne produit pas un album au son surpuissant, mais bien avec une clarté qui sert l’agressivité et l’atmosphère dans laquelle le quatuor cherche à nous plonger. "Atropos Doctrina" ravira les fans de Death mélodique comme ceux aussi de Death/Doom ténébreux. Le dernier titre, "Gravjordsfrid", aux rythmes beaucoup plus doomy leur permettra certainement de leur arracher un honnête contentement. Je suis pour ma part bien réceptif à ce que produit VANHELGD, ce qui, je l’espère, me conduira à rester éveillé à la future mue des Suédois.