Forcément, nous sommes quelques-uns à avoir senti notre sang ne faire qu’un tour lorsque nous avons lu le nom de ce groupe. Pourquoi ? La raison est simple. Si vous connaissez les regrettés URFAUST, vous savez que son talentueux batteur au jeu hypnotique se cache sous cette même identité : VRDRBR. Sauf que URFAUST était un duo hollandais tandis que le groupe qui nous préoccupe aujourd’hui est lui allemand. Après enquête, il est avéré que Mannaz Musikal Moloch et T., les deux êtres constituant ce projet, sont des fans invétérés des diables de URFAUST. Les parallèles supplémentaires entre les deux groupes pourraient aussi porter sur ce désir profond de faire vivre des expériences effrayantes ou du moins singulières à l’auditeur courtois.
Et en effet, VRDRBR joue un autre type de Black Metal bien plus singulièrement suicidaire qui pourrait gratter à la porte des mauvaises fréquentations que sont les SHINING, PSYCHONAUT 4, LIFELOVER, APATI et autres consorts désenchantés, mais avec une portée aussi plus sombre et sans doute plus Black Metal dans l’âme. Dans les influences de VRDRBR, nous notons les talentueux TOTALSELFHATRED et les méconnus FAÜLNIS. Avec autant de grands frères borderline, VRDRBR a eu tout le loisir de déconstruire la vie, d’en emmagasiner les frustrations et les déceptions en condensant les larmes et la colère. Force est de constater que ce premier album n'ajoute pas du pathos au pathos mais s’attache à sublimer le désespoir et les émotions négatives. Et cela fonctionne plutôt bien. Le chant de T. aura ses détracteurs mais il participe grandement à l’identité singulière du groupe. Parfois, il me fait penser aux élucubrations d’un A FOREST OF STARS, avec ces vocaux phrasés et éructés qui sentent le boyau et les torsions.
L’album s’ouvre avec une première composition qui donne le ton exact de ce que sera l’album : une congrégation de titres chiadés qui secoueront bien comme il faut l’auditeur, l’extirpant d’une quelconque stupeur mais se fourvoyant toujours avec ses mauvais esprits. La basse claque et se repaît des affres vocales de T., les rythmes syncopés ne sont jamais au bord de la rupture mais emballent avec dynamisme le désespoir profond que nous hurle en allemand le chanteur. La linéarité est tout de même de mise sur ce premier album, les titres s’imbriquent les uns aux autres et forment un amalgame ténébreux. Tous restent dignes d’intérêt mais il manque un soupçon d’originalité pour qu’ils emballent totalement l’écoute. Finalement, lorsque le duo fait jouer un peu plus les guitares, comme sur les titres "Dumpfe Erkenntnis" ou l’enivrant "Gräullunge", les ambiances dépressives et fielleuses à la fois caracolent au sommet de leur art. T. n’a plus qu’à se vider les cordes vocales ou Mannaz Musikal Moloch a utilisé cette voix d’outre-tombe pour sublimer le tout. Mention spéciale aux deux derniers titres et surtout à celui concluant l’album, "Grenzgänger", riche et intense tout du long de sa durée.
Avec cette première sortie, VRDRBR profère ses premières hostilités. À la faveur d’écoutes supplémentaires, je dois bien dire que mon intérêt grandit par rapport à ce Black Metal torturé mais jamais larmoyant. Ici point de somptuosité ni de riffs richement mélodiques, la torpeur s’agite au gré des tourments des titres. L’album aurait pu passer inaperçu mais c’était sans compter les conseils d’un ami chroniqueur. Il avait vu juste, le bougre, car en plus de m’avoir fait tressaillir de curiosité avec ce nom particulier de groupe (qui est le pseudo du batteur de URFAUST), il a gagné pas à pas mon âme de damné. Se sentir piégé dans l’abîme de temps à autre reste toujours une expérience agréable. Un futur album est en préparation et je pressens, avec conviction, qu’il enchantera les enfers.