Chacun pourrait y aller de ses petites convictions ou intuitions, mais ce premier album d’ACHATHRAS ne cache pas vraiment ses influences et son amour immense pour le Black Metal dit de la seconde vague, celle embarquée par les EMPEROR, OBTAINED ENSLAVEMENT, COVENANT, du côté de la Norvège, ou les DAWN, VINTERLAND, DISSECTION, SACRAMENTUM pour l’école suédoise. C’est bien dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes, paraît-il, alors ACHATHRAS a déterré une bien belle amphore pour conter mélodiquement – et avec brio, je vous prie – sa passion créatrice célébrant les œuvres de ses très grands frères.
Certains médiront, en expliquant que ce trio mystérieux, endrapé dans un anonymat voulu, ne réinvente pas la roue. Mais, même si le Black Metal se meut en de multiples tentacules aujourd’hui, avec plus ou moins d’étrangeté, son esprit originel, celui des 90s, reste empli d’une pouponnière d’étoiles flamboyantes, puissamment créatrices. Ce "A Darkness Of The Ancient Past" n’est pas un énième album au talent relatif, non, très certainement pas ! La grande technicité des musiciens et surtout leurs très belles inspirations nous envoient dans la tête de très beaux riffs gorgés de mélodies et d’atmosphères savamment distillées. J’ai également, passé le cap de l’émotion, pensé à certaines œuvres de Black Metal symphonique enténébré de Swartadauþuz, ou à d’autres signées Alex Poole ou Collier d’Ombre. Vous voyez donc dans quelles eaux saumâtres nous nageons avec ACHATHRAS.
Les titres sont tous très bien calibrés et déroulent leurs ambiances assez homogènes, comme du papier à musique. Le chant, bien puissant et suffisamment vociféré, accompagne la très grande vélocité des guitares qui enflamment véritablement l’oreille. Des titres vont se démarquer un peu des autres, même si tous excellent. Je pense particulièrement à "A Cerement Of Flame", à "The Curse Of Supremacy" ou bien encore à "A Lamenting Presence" qui, avec leurs leads dentelés, procurent un sentiment d’irrésistibilité quasi immédiat. Énergique, très bien déplié, et avec une production aux petits oignons, les titres nous aimantent intuitivement les neurones. Les bribes de nappes symphoniques, toujours tapies dans l’ombre et soutenant augustement les riffs mélodieux, sont toujours bien orchestrées et savent se faire discrètes tout en maintenant leur essentialité. L’album se veut très classique, comme l’était la belle cohorte des albums mythiques des années 90, avec son introduction, son titre interlude et son outro instrumentale. C’est très certainement voulu.
L’album est plutôt copieux, technique, mais également homogène. Peut-être lui manque-t-il un grain de folie, des breaks plus tueurs encore et entêtants. Je me suis rapidement laissé emporter dans les tumultes fougueux de ce "A Darkness Of The Ancient Past", avant de parfois le laisser fuir sans vouloir le reconquérir. Il manque encore quelque chose à cet ACHATHRAS, mais je ne sais pas vraiment quoi. De l’hostilité, peut-être. En tout cas, cette première mouture est un shoot mélodieux incroyable qui enneige déjà notre automne et nous rappelle sans cesse les premières fougues des pères fondateurs nordiques du Black mélodique à tendance symphonique. Le projet, aussi mystérieux soit-il, ne peut être qu’accompli par de vieux briscards. En tout cas, c’est mon intuition. Peu importe, ACHATHRAS est à suivre de très près, voire à surveiller, bien tapi de l’autre côté d’un autre clair-obscur.