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Abrahadabra - Μαιναδες
Chronique par Storm - Publiée le 24/01/2026
Abrahadabra - Μαιναδες
Note : 3.5/6
Genre : Ambient Black Metal
Année : 2025
Label : Autoproduction
Pays : Inconnu
Durée : 33:33
Tracklist :
1.
Μαιναδες
33:33

L’année 2025 déjà décline et voilà qu’elle entraîne dans sa chute cette entité fort mystérieuse, qui savoure goguenard, très sûrement, nos piètres efforts à débusquer quelques détails ou anecdotes la concernant. Car, pour le coup, rien ne transparaît de ce projet, ni du côté de la promo, ni du côté du groupe lui-même. Seuls l’univers et l’artwork nous permettent de déceler quelques menues réponses, mais pour le coup, ABRAHADABRA (ça ne s’invente pas) mise tout sur l’ambiance glaciale et tourmentée de cet unique titre de plus de trente minutes qui vous embarque bon an mal an dans d’incroyables spirales et boucles hypnotiques.

Disons que, pour vous éclairer, ABRAHADABRA s’immisce sur les terres des Suisses de DARKSPACE, la lugubrité et le mysticisme en bien plus prononcés cependant. Si les Helvètes nous font voyager dans quelques recoins célestes, à l’instar de VORGA, ABRAHADABRA nous plonge dans le gouffre et la noirceur du vide. Et ce saut dans l’abîme va pourtant s’éclairer de quelques illuminations discrètes, d’hallucinations ésotériques produites par l’envoûtement de divinités inconnues. Sont-elles égyptiennes, hindoues ou de civilisations plus obscures encore ? Nul ne le sait, tout n’est que supposition. Invariablement, le titre va répéter des boucles infinies, tels des mantras possédés par la diablerie. La sombreur et l’inanité occupent l’espace sonore de toutes parts et réduisent au néant toute trace de vie et d’espoir.

Plus tentaculaire que le sublime "Hin-Fort" de TRIST ou le surprenant et forestier "Lady In The Lake" de NEMORENSIS, "ΜΑΙΝΑΔΕΣ" nous étouffe avidement par constriction continue. Quelques couteaux mélodiques vont descendre des cieux pour se planter doucement en nous après les dix premières minutes sous la mitraille continue de la boîte à rythmes. Les vociférations étouffées, un peu en arrière-plan, comme l’a initié si magistralement Wintherr sur son autre projet PAYSAGE D’HIVER, font de temps à autre leur apparition pour occuper, ou plutôt saturer, l’espace sonore de leurs agressions vampiriques. Globalement, "ΜΑΙΝΑΔΕΣ" ne réinvente rien mais se laisse apprécier, pourvu que l’on ait un peu plus de trente minutes devant soi. L’écouter de manière séquentielle n’est tout bonnement pas optimal. Je trouve que son côté hypnotique (blasts continus, superpositions de couches sonores noyées dans la reverb) fonctionne plutôt pas mal, le temps file sans vraiment que l’on ne s’en rende compte.

Quelques poches d’oxygène subsistent et nous permettent de nous réanimer, en brisant notre léthargie. J’apprécie tout particulièrement ce vernis morbide et étrange qui se dégage de ses nappes de claviers dissonantes s’enlaçant aux aspérités des riffs, fleurant bon le magma diabolique de l’Enfer. "ΜΑΙΝΑΔΕΣ" propose une forme d’expérience d’écoute, non pas nouvelle, mais suintant la malfaisance et l’oppression. Il y a de l’agonie, des mains tendues qui sortent de terre, des créatures mystérieuses cachant leur dessein, des supplications et des foudroiements. C’est une bonne surprise. Ce ne sera pas l’album de l’année, mais "ΜΑΙΝΑΔΕΣ" vaut l’écoute, son souffle vénéneux se propageant au fur et à mesure des écoutes successives. Pour ceux qui veulent un peu s’irradier l’âme avant d’entamer une remontée des Enfers, ABRAHADABRA est pour vous.

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