Le groupe du prolifique V.P. Adept s’écrit désormais Αχέροντας en alphabet grec depuis quelques années, mais nous conserverons, pour cette chronique et pour notre vieille interface, son écriture en alphabet latin, cela piquera moins les yeux. Déjà dix albums pour nos sulfureux Grecs et pas le moindre mot sur votre site préféré… Dommage, car, même si je n’aurai pas le courage de suite de chroniquer tous les albums précédents celui-ci, ACHERONTAS ne doit pas passer entre les mailles du filet. Dommage encore, pour les lecteurs de Metal plus doux et qui pourraient encore davantage s’agacer des chroniques extrêmes paraissant de manière effrénée depuis quelque temps… ACHERONTAS est encore un franc groupe de Black Metal à bien vous rougir les fesses et à vous cracher au visage. Si par hasard vous désirez toutefois prendre une petite brutalité entre deux branlettes de manche, "Nekya – The Necromantic Patterns" est fait pour vous et vous fera aussi de belles faveurs, car sa mélodicité, hé oui, aussi complexe, dissonante soit-elle, fait partie du jeu et de l’ADN d’ACHERONTAS.
Ne montez donc pas sur vos grands chevaux, car de toute façon vous n’arriverez pas à déloger la bande grecque qui s’en est accaparé les montures pour dévaler à grands galops les plaines du Black Metal impérial si cher à notre ami de cœur Mefisto. Et ne vous plaignez pas trop, pas beaucoup plus en somme, car sachez que les amateurs de Black Metal de la pire espèce que nous sommes aiment régner et livrer le combat : cela nous galvanise. Bon, allez, trêve de plaisanteries, il suffit ! ACHERONTAS mérite bien son chapitre et sa petite chronique bien sous tous rapports. Déjà dire que la production bien travaillée fait monter la tension et convoler en noces les ambiances lugubres et malsaines de ce projet orthodoxe, qui pourrait de temps à autre serrer la pince aux derniers albums des regrettés ABIGOR – bien qu’elle me semble un peu trop puissante à mon goût, donnant aussi cet aspect moins naturel et un poil trop synthétique à l’album. Mais la comparaison s’arrête là. Les Américains de NIGHTBRINGER ou les Polonais de BLAZE OF PERDITION ont davantage d’atomes crochus avec les féroces Grecs, et bien davantage encore sur ce "Nekya – The Necromantic Patterns" que sur l’album précédent, "Malocchio – The Seven Tongues Of Daemon", qui est un brûlot sans nom.
Mais ce que j’approuve et apprécie d’autant plus au sein de ce dixième album, c’est avant tout la contextualisation de ces leads bien qualitatifs qui organisent et livrent le plus beau des combats autour de compositions véloces, bourrées de riffs saillants et aux ambiances bien tranchantes. À leur contact rapproché, il est aisé de s’imaginer suffoquer dans la fournaise des enfers. Et justement, c’est aussi là que le bât blesse. Cette effusion archi-puissante et brûlante d’atmosphères infernales est sans doute un peu excessive et homogénéifie l’album. Certains titres pourtant tirent leur épingle du jeu en offrant une palette d’émotions plus étendue et où les leads, qui font toujours l’affaire, sortent davantage des sentiers battus. J’aime par exemple beaucoup le dernier titre, "Truth Is Pathless Land", qui démarre sur un mid-tempo plus enivrant, avec des spoken words du plus bel effet et sans submersion vocifératrice, et une mélodicité à toute épreuve tout du long de la durée du titre. Assez fan aussi du titre qui démarre par un beau saxophone, "The Crimson Litany Of Eternal Return", avant de continuer sa course dans les abîmes mais tout en conservant ces leads subjuguants et cristallins. Le titre suivant, "The Elder Keybearer’s Awakening", est aussi sacrément démoniaque. Les jeux vocaux polymorphes de V.P. Adept sont à leur acmé de haine et d’infernalité. C’est à la fois dantesque et impressionnant. Enfin une dernière mention, "Serpent’s Oath – Hymns Of The Coiled Void", qui pourrait obtenir la palme de la brutalité et de l’impérialité selon le cahier des charges du sieur Mefisto.
Voilà, vous savez à quoi, je l’espère, vous en tenir. Désolé encore de mettre en lumière une nouvelle lucarne des enfers, mais ACHERONTAS vaut bien toutes les attentions. Si ma préférence va encore à l’album précédent suscité dans cette chronique, je dois bien avouer qu’avec les réécoutes – notamment des titres que je vous ai indiqués – j’apprécie de plus en plus cette sortie diabolique. J’ai ainsi revalorisé ma note initiale. Que cette chronique puisse trouver écho au sein de la diablerie du site.