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Mütiilation - Pandemonium of Egregores
Chronique par La Bête du Blizzard - Publiée le 26/01/2026
Mütiilation - Pandemonium of Egregores
Note : 3/6
Genre : Black Metal
Année : 2025
Label : Osmose Productions
Pays : France
Durée : 32:05
Tracklist :
1.
Overture
01:36
2.
Shadows over the Valley
06:42
3.
Fifty Winters
08:37
4.
Pandemonium of Egregores
07:54
5.
Hashischin Cage
07:16

La parution d’un nouvel album de Mütiilation au début de l’année 2024, dix-sept ans après Sorrow Galaxies, avait pris l’aréopage des sectateurs du black metal de court. Un nouvel album. Maintenant. Tout de suite. Surprise d’autant plus brusque que l’objet s’accompagnait d’une signature chez Osmose Productions. Le projet culte des années 1990, dont les sorties chez Drakkar sont toutes devenues des classiques du genre, et qui, suite à une renaissance au cours des années 2000 diversement accueillie par le public, revenait sur-le-champ gonflé à bloc et surtout toujours aussi exalté.

Une exaltation ? Par quelle poésie ? Toujours la même, celle qui empuantit tout depuis les premières démos : le poison essentiel, le catalyseur à haine saumâtre :

Ravishing crimson streams, rivers of your destiny.
The price of blood that fed the Black Metal cult

La bête noire originelle. 
Ces paroles issues du premier titre de l’album en disent long sur cet insinueux poison qui continuera à ronger ad vitam les passionnés et autres amateurs éclairés du culte de la laideur authentique. Auparavant, Meyhna’ch en vivait ; maintenant, il en témoigne et, dans les deux cas, il l’exalte.

Si j’évoque longuement Black Metal Cult en préambule de Pandemonium of Egregores, c’est surtout parce que Meyhna’ch a la prévenance de travailler par cycles (cycle Drakkar avec Vampires of Black Imperial Blood, cycle Ordrealis à partir de Black Millenium), conférant du sens à l’idée de considérer plusieurs albums de façon homogène, tant pour leur signature sonore que pour leur qualité intrinsèque, qu’il s’agisse de l’écriture, du riffing ou des thématiques abordées.

Back in the early nineties, animated by dreams of darkness,
It was a blessed golden age where I’d settle my palace
Armed with chemical joys and massive base of alcohol,
I led the craving demons that follow me everywhere I go

Paroles tirées de l’album qui nous intéresse aujourd’hui, poursuivant sur la lancée de la mémoire, mêlant nostalgie d’une jeunesse vécue comme juste car authentiquement vécue — comme sur le titre Fifty Winters — et témoignages d’errances plus récentes (le narcotique Hashischin Cage).

Ce qui intéresse l’auditeur, plus que toute considération thématique, c’est ce que vaut cette cuvée du milieu de la décennie 2020. Peut-être faut-il commencer par ce qui saute immédiatement aux oreilles des connaisseurs de Mütiilation : la production. Sans aller jusqu’à évoquer le studio Grieghallen, guitares et basse sont désormais lisibles malgré l’importante saturation. La batterie, assurée pour la première fois depuis 1995 par un humain — Kham de Suicide Circle, en l’occurrence — apporte plus de rondeur et de puissance que ce que l’on a pu connaître en plus de trente ans. Il en est terminé de l’interlude « production direct-to-PC » au rendu artificiellement numérique qui avait cours depuis Black Millenium en 2000.

Pourtant, le style de composition ne désarçonnera pas le connaisseur. On retrouve l’utilisation régulière de tremolos véhéments et vicieux, confinant parfois au « sautillant », le même chant maladif et des tics de composition qui satisferont, par la même occasion, les auditeurs en quête de conservatisme. Des passages tragiques émergent, comme sur le meilleur titre de l’opus : Fifty Winters.

Pandemonium of Egregores est formellement un bon album, et même mieux écrit que son prédécesseur Black Metal Cult. Quelques titres proposent leur lot de riffs accrocheurs, rances et acides, parfois mélancoliques, donnant envie d’y revenir grâce à des rythmiques soudainement aguicheuses. Du Mütiilation pur jus, une laideur que j’admire encore.

Il reste toutefois une question en suspens : s’il ne s’agissait pas de Mütiilation, est-ce que Pandemonium of Egregores ne finirait pas rapidement dans l’oubli ? Pour ma part, la réponse est oui. Je pourrais ne pas garder la tête froide, laisser parler mes tripes et la nostalgie, Mütiilation étant un groupe de cœur (il m’est arrivé de défendre Sorrow Galaxies).

Les années passent, la formule du black metal cru à grands renforts de riffs nauséeux et piquant l’âme n’est plus l’apanage d’une élite. Il faut reconnaître qu’il sort des albums intéressants toutes les semaines, quoi que l’on pense de la démocratisation du black metal. Il y a de bons riffs d’un côté, une implication émotionnelle palpable du musicien de l’autre, mais également des moments de remplissage et des longueurs qui handicapent un album déjà court (trente-deux minutes). Il en ressort une œuvre qui, à la fin de l’année 2025, apparaît formellement sans déchet, mais dont les chapitres se noient dans le conformisme de leur formule.

Mütiilation continuera de conserver mon estime pour l’intégrité de sa démarche et l’honnêteté de ses intentions, de sa haine et de sa rancœur qu’il sait exprimer sans artifices. Mais la nouvelle formule du culte ressemble furieusement à la répétition d’un album comme Rattenkönig, sans intensification de son pouvoir d’évocation funèbre, album que j’aime beaucoup personnellement, mais qui n’aura jamais la même force émotionnelle qu’un Vampires of Black Imperial Blood.

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