Ça riffe grave du côté de la Slovénie, et en plus c’est la jeune génération qui s’y colle, en revenant aux sources du Black Metal du temps où il aimait à se mouvoir férocement dans le Thrash et le Raw. L’habit ne faisant pas le moine défroqué, mais donnant cependant quelques pistes, notons que le visuel proposé par les jeunes membres d’AGGREVIL ne ressemble guère aux accoutrements des gaziers du Post-Blackgaze ou du Black Hybride Métrosexuel non-binaire, ah ça non, pas vraiment. La mode du panda clouté avec cartouchières, blafard, n’est point révolue, qu’on se rassure. Nos chers Slovènes ont bien travaillé sur leurs tablatures et ce, depuis déjà 2017. Peu de sorties, hormis un EP l’année dernière, avant ce "Rising Demons" qui concrétise un peu plus de trois quarts d’heure de passion.
Et il défouraille bien ce premier album ! Sans réinventer la roue, il nous la fait au moins tourner énergiquement avec un riffing plutôt inspiré, le tout sortant de guitares bien tranchantes. De temps à autre, les tremolo picking pourraient nous rappeler les belles faveurs de certains albums de MARDUK ou de DARK FUNERAL, mais avec un côté thrashy bien plus affirmé. Frontaux, directs, les titres sont aussi solidarisés entre eux pour maintenir l’assaut commun qu’ils érigent. Assaut de Satan, que dis-je ! D’ailleurs, vous entendrez son nom un bon paquet de fois. Mais je conseille au fond de classe de ne point trop se moquer ou de se montrer narquois, car les Slovènes ne font pas dans la demi-mesure et nous proposent des titres travaillés, charpentés et plutôt longs, la courtesse n’est pas de leur monde. Chacun d’entre eux ne se morfond pas dans des boucles de riffs monotones, mais nous extirpe d’une quelconque léthargie en s’agrippant à nos neurones sans jamais vouloir nous les lâcher.
Les vocaux de Lord Iblis sont irascibles et bien posés. Cependant, je remarque qu’il leur manque un peu de puissance. Ils me paraissent être un peu trop en arrière de la scène sonore également, ce qui ne joue pas en leur faveur. Néanmoins, ils accompagnent très bien le riffing, qui est l’atout principal de ce "Rising Demons". Écoutez-moi donc le vitupérant et dynamique titre qu’est "In The Hands Ov Lucifer" – mon préféré de l’album – avec ces très beaux enchaînements à la DESASTER et ses différentes ruptures de rythmes bien inspirées. Forcément, la batterie programmée fait entendre parfois son artificialité et ses rythmes mécaniques, mais elle est tout de même plutôt très bien programmée. Mention honorable aussi au titre MARDUK-ien "Hateful Blood", tout aussi bien ficelé et suintant la sueur caustique, mais également au dernier titre de l’album, "Legacy Of Black Empire", qui lâche une dernière fois les chevaux.
Les Slovènes ont bien bossé leur copie et nous proposent avec "Rising Demons" un cocktail survitaminé de Black brutal mâtiné d’éléments bien thrashy. Mine de rien, si l’album manque encore de mélodies marquantes, il nous offre un bain de jouvence bien agréable. Constamment noyés par les sorties de Black Atmosphérique ou de Post, il est parfois nécessaire, à nous autres peuples affamés de Metal extrême, de revenir aux fondamentaux : six cordes, bellicosité et fuck le reste. Pas sûr que j’y revienne tous les quatre matins, mais les Slovènes d’AGGREVIL m’ont convaincu de suivre la suite de leurs péripéties. Merci à eux pour cette musique bien troussée !