Un peu d’emphase ne fait pas de mal, et c’est ANFAUGLIR qui va s’en charger avec son Black Metal épique qui déplie ses mille feuillets atmosphériques et virevolte de manière assez splendide dans des envolées symphoniques fréquemment du plus bel effet. Formé par un duo américain, biberonné aux œuvres de J.R.R. Tolkien après la découverte de la trilogie de Peter Jackson, ANFAUGLIR est un projet très ambitieux démarré en 2008 par un premier album. Dix-sept ans après, et après plusieurs années de travail notamment autour de la production, Lord Bauglir et Griss reviennent avec cet "Akallabêth" colossal. Se divisant en quatre longs titres, ce second opus est une composition magistrale et orchestrale, conceptuelle, inspirée du "Silmarillion" et des "Contes et légendes inachevées".
Avec une richesse symphonique très immersive, l’album est un concentré de paysages sonores très cinématographiques. Pour aller au bout de leur démarche, le duo américain a intégré dans son travail de composition des chœurs, une soprano, un guitariste classique et un spécialiste du quenya pour les paroles. Opulent de détails, "Akallabêth" sait pourtant peindre aisément des scènes épiques telle une bande originale d’un ultime film. Complexe, parfois labyrinthique et alambiqué, et pouvant paraître grandiloquent, l’album demande, pour pouvoir être appréhendé puis maîtrisé, un certain nombre d’écoutes. Les amoureux d’un Black Metal très symphonique aux tonalités classiques en auront pour leur argent ; ceux plus réfractaires arriveront, j’imagine, rapidement à saturation. Pourtant, à bien écouter minutieusement cet album, force est de constater le travail impressionnant des deux Américains.
Si les deux premiers titres sont imparables et manœuvrent habilement un nombre conséquent de motifs, de breaks et de passages émotionnels racés, j’aurai tendance à retrouver un peu de redite ou un poil trop de grandiloquence, justement, au sein des plus de vingt minutes de "Defying The Doom Of Men". Variant entre Black Metal et des segments de Metal symphonique parfois ressemblant à du THERION furieux, ANFAUGLIR maîtrise pourtant très bien son sujet, car aucune maladresse ou insuffisance ne se fait sentir. La batterie programmée est sans doute là où le bât blesse car, s’il s’avère assez bien programmée, elle peut s’avérer désagréable si l’on se focalise dessus. Mais, à l’image de cette très belle pochette, qui nous présente cette vague scélérate engloutissant l’île de Númenor et laissant neuf navires en réchapper, "Akallabêth" est une démonstration de puissance symphonique à la portée narrative impressionnante. Les titres fonctionnent comme des suites construites de manière thématique et nous interpellent par leur alternance entre passages atmosphériques et instrumentaux fort bien réussis.
Dans la lignée de groupes tels que SUMMONING, BAL SAGOTH ou bien encore CALADAN BROOD, ANFAUGLIR signe chez Debemur Morti un retour en grandes pompes. Wagnérien, "Akallabêth" est une ode chapitrée, majestueuse et perfectionnée, d’une fresque musicale tolkienienne sacrément bien contée, musicalement parlant. Lord Bauglir et Griss montrent à l’évidence leur tempérament méticuleux et inspiré, mais également leur ambition à servir le Black Metal épique et symphonique, ainsi que les œuvres de Tolkien. Il y a de quoi rêver donc avec ce projet prometteur, plus abouti que son prédécesseur, "Hymns Over Anfauglith", qui pourtant était déjà une sacrée esquisse de cet "Akallabêth", quoique plus dissonante, mais avec déjà ce tempérament symphonique et orchestral prononcé. Debemur Morti ne s’est point trompé en signant ANFAUGLIR. Retenez bien leur nom !