Les pochettes d’album ont toujours le don d’en dire pas mal sur le contenu musical. Celle d’ANTIVERSUM ne déroge pas vraiment à la règle. Ce n’est pas du Power Metal, vous l’aurez compris, mais bel et bien un opus noirâtre et cosmique tournoyant dans des vapeurs exhalées par je ne sais quelle monstruosité. Pourtant, c’est un Black/Death assez dissonant avec moultes variations atmosphériques qui va se répandre et s’abattre assez largement au sein de ce second album des Suisses, et le voyage vers les étoiles s’avèrera donc suffoquant et plutôt labyrinthique. "De Nemesis Omnes Et Omnia" nous promet un enserrement long et douloureux.
Plutôt inaccessible, la tortuosité de cet album pourrait en réfréner plus d’un à la première écoute, et je dois bien concéder que je me suis astreins à écouter l’album plusieurs fois et toujours d’une traite pour m’ensevelir de son ambiance et essayer dans la pénombre de mes boyaux d’en déchiffrer les fresques sonores énigmatiques. J’ai été maints fois porté par trouver en ce nouvel album d’ANTIVERSUM, des accointances avec les œuvres maléfiques et maladives de Alexander von Meilenwald au sein de THE RUINS OF BEVERAST. En tous cas, les substances récalcitrantes à la lumière, anaérobiques et volontiers corrosives sont également présentes au sein de "De Nemesis Omnes Et Omnia". Les titres sont étouffants, nous condamnent à des apnées forcées et s’éternisant jusqu’à l’asphyxie et la narcose. C’est sans doute ainsi qu’il faut aborder l’univers de Suisses. Rien de ce qu’ils nous proposent n’est là pour ravir la délicatesse de nos neurones.
Une heure va donc s’offrir quasiment à nous sous les auspices de la noirceur absolue. Les étagements des riffs vont prendre plaisir à se superposer de leurs dissonances ou à se niveler jusqu’à l’extinction complète des feux d’un vent solaire lancinant. Ne cherchez pas un quelconque appel d’air, une mélodie lumineuse, un revirement de situation, "De Nemesis Omnes Et Omnia" ne vous tend pas la main, il vous appelle inconsciemment pour que vous voguiez dans l’infini de votre propre perdition. À ce petit jeu-là, je remarque que "QBism", le titre le plus court de l’album du haut de ces quasi huit minutes, joue le jeu le plus malfaisant qu’il soit. Presqu’instrumental, il arrive aisément à nous faire prendre part à son voyage maudit et nous fait disparaître à nous-mêmes dans ces ultimes nappes de claviers sinueuses et fantomatiques. Bie que le long titre introducteur, "Pulsar Feralis", soit maîtrisé, mes faveurs vont décidemment davantage vers "Vuoto" qui clôture l’album.
J’y décèle de belles structures, de très beaux motifs tout aussi astraux que lugubres, portés par la voix spectrale et rauque de Deus Mortuus. Sur un rythme volontiers haletant, où des mid-tempo hypnotiques et tribaux viennent s’arraisonner de temps à autre, "Vuoto" n’en finit pas de faire tomber la vastitude d’une pluie céleste avec ses riffs dissonants et ses gazs atmosphériques nébuleux. C’est un excellent titre très captivant et à écouter à bon volume. Vous l’aurez compris, "De Nemesis Omnes Et Omnia" n’est pas le genre d’album [i]easy-listening[fi], il se libère dans la noirceur, la solitude et l’écoute attentive. L’atmosphère oppressante et les dissonances nous font tomber dans un vide sidérant. À ne pas mettre dans toutes les oreilles certes.