Intensément occultes, comme l’ont été et le sont encore les œuvres de CHRIST AGONY, OPERA IX, ou plus récemment encore ERSHETU, les Suisses d’ARKHAAIK développent dans ce nouvel album, comme sur le précédent ("*dʰg̑ʰm̥tós", datant de 2019), un mille-feuilles sonore tapis de détails fourmillants, d’effets sonores et d’ambiances ésotériques singulières. Les membres du groupe n’en sont pas à leur premier coup d’essai et chacun d’entre eux fait partie de la "Helvetic underground committee", un cercle d’artistes basé à Zurich proposant des œuvres artistiques exigeantes, volontiers tourmentées et jusqu’au-boutistes, mêlant des textures sonores organiques à du Black Metal tantôt expérimental, tantôt avant-gardistes. Menetekel et Kerberos font partie des figures de proue de ce mouvement et leurs autres projets respectifs, UNGFELL, KVELGEYST notamment pour le premier, ou communs (je pense aux passionnants albums de LYKHAEON, mais également à celui paru cette année de ARROWS, "Yearning Arrows; Cloven Suns") sont invariablement originaux et mystérieux.
Pour ce second album, les Suisses ne nous embarquent ni dans les pas des Nicolas Flamel, Paracelse ou dans ceux d’autres alchimistes vénérables, ni dans les méandres du zoroastrisme, mais ils nous proposent de retourner à l’Âge de Bronze pour nous conter la "Uihtis" (= "la chasse") dans de longs titres plutôt intenses, en langue proto-indo-européenne je vous prie, et incorporant, pour « naturaliser » le concept, des instruments « anciens » tels que la flûte « os », des percussions, des chants, des hurlements, mais aussi des effets sonores (bruits d’animaux, field recording), sous la matraque d’un Black Metal aux riffs lourds, puissants, voire Death Metal par endroits, que des rythmes aux aspérités tribales ou doomy accompagnent avec beaucoup de réalisme. Avec cette assaisonnement original et singulier, nous voilà donc plongés dans des atmosphères d’un autre temps.
Un gros travail est effectué du côté des chants. Menetekel et ses comparses ont une sacrée réserve pour distiller des ambiances d’un autre temps, soit par des growls puissants, des déclamations mystiques ou des chœurs mystérieux. Bien sûr, il n’est pas aisé de traduire ce concept en musique, mais ARKHAAIK y parvient à grands renforts de breaks ingénieux (celui apparaissant vers 05:20 sur le titre "Kerhos Mehnsos", ou bien encore celui de la dixième minute de "Geutores Suhnos") et d’instants singuliers. Quelque chose d’ethnique se dégage de leur musique, à la manière du premier album "Xibalba" de ERSHETU mais dans une atmosphère bien plus occulte et sombre. Quatre longs titres vont en tout cas correctement s’y atteler et deux tout particulièrement qui ont retenu davantage mon attention : "Geutores Suhnos" et "Hrkþos Heshr Hiagom". Tout aussi labyrinthiques, riches mélodiquement que variés, ces deux morceaux sont l’alpha et l’oméga de l’album. Les riffs y sont accrocheurs, les nombreuses accalmies savamment orchestrées et les effets sonores très immersifs. Si vous ne deviez qu’écouter ces deux titres, je ne saurais vous en tenir gré.
Chroniquer, c’est étreindre les sons avec les mots. Il n’est pourtant parfois pas facile de décrire de la manière la plus juste possible le ressenti vécu et éprouvé lors des écoutes. Avec ARKHAAIK, cela a été le cas. Non pas que l’album soit indigeste ou tout juste convenable, non, bien au contraire "Uihtis" est passionnant bien que tous les titres n’aient pas le même niveau. Passé, il me semble, dans les mailles du filet des grandes nouveautés de 2025, ARKHAAIK performe pourtant un second opus ingénieux, très original et assez génial par endroits. Vu la singularité et l’intégrité des membres qui composent ce projet, je vais d’ores et déjà me pencher sur leurs autres projets. Concernant donc "Uihtis", difficile de se dire que le disque n’aura peut-être pas le succès qu’il mérite. C’est ainsi, les époques ont changé. Que cette chronique l’éclaire un peu.