J’imagine qu’ASTARTE vous dit quelque chose. Vous savez, il s’agit de ce groupe 100% féminin, très certainement le premier et pas du tout bancal. Si vous prenez les choses dans l’ordre, je vous conseille d’écouter la démo "Dancing In The Dark Lakes Of Evil" parue en 1997 sous le couvert d’un autre nom de groupe formé par Tristessa : LLOTH. Les forces noires et maléfiques sont déjà bien présentes sur ce premier méfait et notre trio grec déroule de très belles compositions qui pourraient faire pâlir d’envie les esthètes norvégiens oscillant entre DARKTHRONE et GEHENNA avec cette touche hantée et inquiétante qui renvoie notre mémoire de temps à autre aux élucubrations des deux sorcières d’AGHAST sur leur très inspiré album "Hexerei Im Zwielicht Der Finsternis" sorti quelques années plus tôt. Dès 1998, LLOTH devient ASTARTE et nos chères créatures accomplissent un premier album fort intéressant, le bien-nommé "Doomed Dark Years".
Forcément, à l’époque, ASTARTE a joui d’une bonne couverture médiatique, le charme des unes attisant la curiosité des autres. Me concernant, je me souviens bien avoir écouté l’album à l’époque, sans avoir été convaincu plus que cela. Il faut bien dire qu’en ces années-là, la concurrence était rude, l’accessibilité des albums étant limitée et les budgets de nos poches d’adolescents contraints, il nous a fallu faire des choix. ASTARTE a peut-être subi cette injustice, mais en tout cas, je peux affirmer, des années après, la très grande qualité de ce premier album qui, malgré les années, conserve sa majestuosité. Nous pouvons lui pardonner ses quelques maladresses et ses approximations car son contenu musical est inspiré. Les Grecques continueront sur leur lancée et produiront à la suite différents albums plus ou moins intéressants, avec notamment un "Rise From Within" très mature, le dernier.
En 2014, l’envoûtante Tristessa, multi-instrumentiste de son état, meurt d’une récidive cancéreuse de sa leucémie et quitte ce bas-monde à l’âge de trente-sept ans. Peu avant la dislocation du groupe, du matériel sonore existait et il était question pour ASTARTE de sortir un sixième et ultime album. Le sort en a voulu autrement. LLOTH se reforme sous l’impulsion du duo qui l’accompagnait au sein d’ASTARTE avec d’autres membres, cette fois-ci masculins, mais rien ne se concrétise pour elles deux. LLOTH n’est point mort, mais continue sur sa lancée avec un line-up qui n’a plus rien à voir, vous l’aurez compris, avec ses débuts. Pour en revenir à cet album, "Blackdemonium", qui devrait normalement occuper un peu plus de place au sein de cette chronique, mon verdict est sans appel : l’intérêt est malingre, voilà pourquoi je ne m’étendrai pas sur ses qualités.
Il s’agit de retraitement studio des bandes et des enregistrements des compositions de cet album abandonné. Il est un hommage à Tristessa, qui avait pris le lead dans les années 2000 et occupait à ce moment la place du chant et de la guitare. Plus Black/Death que Black Metal, ce "Blackdemonium" sonne de manière bien trop artificielle, bien que l’énergie des riffs nous dévoile encore quelques belles idées ("Monolith", "Exiled"). La batterie est juste gênante, son mix est assez épouvantable. Elle occupe pourtant une place importante en étant mise en avant, ce qui endommage l’écoute. Nous remarquerons également que le grain de Tristessa n’atteint pas celui de Kinthia (la première chanteuse d’ASTARTE), bien que ses growls restent impressionnants. Mais ce "Blackdemonium", s’il est sympathique à écouter, pour la mémoire et en l’honneur de Tristessa, se fait vite oublier. Si toutefois vous parcourez les lignes de cette chronique, sachez que je me rattraperai en vous chroniquant les albums pré-2000 d’ASTARTE, les seuls qui excellent et méritent d’être réhabilités et de figurer au sein de ces pages. À tantôt donc.