Matheus Vidor nous revient deux ans après son premier album qui avait bien enneigé l’image d’Épinal que l’on se fait de son pays, le Brésil. Cette fois encore, seul aux commandes, il nous enduit l’esprit de peinture de rêve et nous fait décélérer le temps. Le Black Atmosphérique qu’il propose s’endrape à nouveau de ses plus belles parures : mélancolies spleenétiques, réflexions éthérées, ombres spectrales, torpeur et mélodies introspectives. C’était déjà bien le cas avec "Follow The Cold Path", et ce second album prolonge le voyage d’une façon différente. Produit par Northern Silence Productions, AUTREST fait partie de ces jeunes pousses du Black Atmosphérique prometteuses et puissamment inspirées.
Là où le dernier PANOPTICON n’a pas soulevé les foules et l’immense intérêt que l’on devrait porter aux œuvres d’Austin Lunn, AUTREST se rapproche de la beauté d’un SAOR ou d’un WINTERFYLLETH. Plus terre à terre, moins vaporeux et Blackgaze que le précédent album, "Burning Embers Forgotten Wolves" nous enserre dans sa doucereuse tristesse, dans ses couleurs automnales, ainsi que dans sa beauté. Le projet a gagné en maturité et a affiné ses ambiances, les rendant plus éclatantes et noirâtres à la fois. Là où le premier album tâtonnait un peu, celui-ci nous offre de très beaux titres qui lentement s’insèrent dans votre mémoire pour s’y fixer durablement. La part acoustique est aussi plus prégnante, notamment au travers de cette guitare classique, de cette flûte fantomatique et de ces lignes d’instruments à cordes.
L’album demande un nombre d’écoutes assez conséquent pour se dévoiler et vous entourer de ses bras mélodiques. Et si la beauté devait se conter en un titre sur cet album, je la nommerais "Forgotten Wolves". En appréciant beaucoup ces voix spectrales, je remarque que ce titre prend une autre dimension. Le côté liturgique ténébreux fonctionne très bien et donne une sacrée perspective plutôt inattendue. "Ashes From The Burning Embers" est également un morceau majeur de l’album. L’utilisation de ce qui s’apparente au Kantele (d’ailleurs souvent et fort bien utilisé) et la belle quantité de riffs richement mélodieux concourent à animer ce titre mélancolique à souhait. Une très belle réussite que tous les amateurs de Black Atmosphérique apprécieront. "Chasm Of Time", qui ferme la marche de "Burning Embers Forgotten Wolves", renferme en lui toutes les saveurs fragiles et les fragrances délicates de la métamorphose d’AUTREST. Mention spéciale aussi à la courte instrumentale "Where Stones Whisper", qui s’apprécie entre deux bourrasques mélodiques.
AUTREST a transformé l’essai de son premier album, mais il lui reste encore un peu de chemin à parcourir pour se hisser au niveau d’un SAOR par exemple. Néanmoins, je ne boude pas mon plaisir avec ce "Burning Embers Forgotten Wolves". Deux titres me paraissent plus faibles, "Forsaken" et "Resonance", mais n’assombrissent pas pour autant le tableau général excellent de ce nouvel opus. Nous allons bientôt embrasser l’automne, et AUTREST va prendre une nouvelle dimension lors de mes promenades forestières. C’est aussi, à l’instar de sa pochette évocatrice, un album de la solitude et de l’intime. Libre à chacun de l’emporter dans ses cogitations ou sa rêverie.