En signant chez Debemur Morti pour leur second méfait, BLOOD ABSCISSION s’offre une rampe étoilée pour développer ses motifs sonores insaisissables, anonymes (comme le sont les membres du groupe), et sa puissance de feu. Car le groupe possède ces flammes inarrêtables, cette fournaise interne, ce chaudron bouillant dans le creux de ses valeurs intrinsèques et de sa vision musicale. Aucune information ne fuit sur cette entité énigmatique : pas de réseaux sociaux, aucune information précise sur les membres (le groupe refusant les interviews), esthétique visuelle minimaliste (le titre de l’album et des morceaux sont impersonnels au possible, aucune image d’aucune sorte n’existe sur eux)... et cela renforce évidemment cette part de mystère. Ce n’est pas nouveau, vous me direz, pas mal de groupes dans le Black Metal s’accordent cette même règle par valeur ou par principe (je vous laisse le soin de trancher là-dessus), voyez un autre compagnon de route du label par ailleurs : Vindsval (BLUT AUS NORD, ERSHETU, EITRIN…).
Pour vous faire l’article et ne pas faire tomber trop vite cet album dans les limbes de l’oubli des publications du net, sachez que "II" ne ternit jamais vraiment. S’inscrivant dans une lignée du Post-Black Atmosphérique, le groupe développe très bien ses arguments au sein de cet album. Puissance interne extériorisée et entraînante, production léchée dans tous les coins et gorgée de détails insoupçonnés, aura sombre mais point trop enténébrée, sentiment hypnotique continu (lié au développement progressif des structures des titres d’une durée longue, mais aussi aux vocaux déchirés mixés en arrière-plan et aux blasts incessants), riffing mélodique à souhait, leads éthérés, nappes de claviers fantomatiques densifiant l’aura à la FAIDRA.
Et je m’y retrouve dans cette proposition Black Metal honnête mais non révolutionnaire, car il y a bien de quoi grailler au sein de chacun des titres. J’ai apprécié ce second titre, toute sa seconde moitié notamment, car il m’a beaucoup fait penser à un passage capital du titre unique du "Lady In The Lake" de NEMORENSIS (que je vous recommande d’écouter lors d’une balade nocturne inquiétante) que j’adore. Et, en effet, il subsiste dans ce second album de BLOOD ABSCISSION cette superposition intéressante d’éléments et de moments lumineux mélodieusement parlant et de passages Ambient discrets, nimbés d’effets sonores, et portés par les claviers toujours excellement composés (le titre instrumental "IV" est assez criant sur le rôle stratégique des claviers). Le titre d’ouverture, "I", dégage une rage et une agressivité complexe, mâtinée par des claviers quasi BURZUM-iens aux entournures, et son introduction est imparable dans ce sens… Des leads superbes, des breaks possédés et une variété de riffs vont s’échelonner au sein de ce titre… et ceci est transposable pour tout l’album.
Bien évidemment, la grande technicité des musiciens ne fait aucun doute. Alors si je fais les comptes, côté ambiance c’est réussi, côté mélodique cela l’est également, côté virtuosité il n’y a rien à redire, côté variété c’est très correct, côté supplément d’âme il manque un petit quelque chose encore, bien que le gap entre le premier et le second album soit présent (notons qu’ils sont de la même veine). Le côté Post-Black n’est point trop proéminent et me paraît parfaitement dosé avec l’autre penchant du groupe : le Black Atmosphérique, et la recette fonctionne ma foi très bien. Pas étonnant que Debemur Morti l’ait pris dans son écurie de jeunes talents. À bien réécouter, cet album a sacrément fière allure.