Chevaleresque serait le bon mot pour définir métaphoriquement l’univers polymorphe et envoûtant de ONE OF NINE. Marqués par la fantasy et les œuvres de Tolkien, le quartette américain conserve son mystère en ne lâchant aucun détail sur leur second album. Pas la moindre interview, ni même un semblant d’anecdote lâché par leur label, Profound Lore Records, et encore moins d’identité à proprement parler (les membres, privilégiant l’anonymat, utilisent pourtant des alias qui confirment leur goût pour l’œuvre de Tolkien). Le groupe nous entraîne seulement et à pieds joints dans sa nouvelle féérie sonore dont les volutes énigmatiques et captivantes ne font qu’ensorceler notre esprit. Dès l’introduction, très SUMMONING-ienne, nous nous sentons irrésistiblement happés hors du temps et de la connaissance. Nous voilà transportés sur des rives noirâtres et torrentielles d’où jaillissent la ferveur de créatures rompues à tous les artifices suprêmes du Black Metal.
S’il s’agit bien de Black Metal, il se trouve qu’il est d’un genre plutôt particulier. Tour à tour épique, assoiffé de claviers et dont "Dawn Of The Iron Shadow" pourrait à l’évidence aisément léviter à l’envie, cet album charmeur et aventurier s’agite et s’anime à amalgamer les atmosphères et les émotions en les compilant par l’intermédiaire de tout ce dont il dispose : un chant vociféré intéressant, une utilisation parcimonieuse des chœurs et du chant féminin, des effets sonores agrémentant favorablement l’écoute, l’utilisation aux petits oignons d’un synthétiseur rendant les nombreuses couches sonores tout aussi labyrinthiques qu’énigmatiques. C’est aussi en cela que, bien différemment certes, ONE OF NINE se rapproche étrangement de SUMMONING à mon sens. Avec cette capacité agile et efficace de proposer un riffing efficace tout en le saturant de nappes de claviers envoûtantes, savantes et agitatrices, "Dawn Of The Iron Shadow" nous plonge brillamment dans son univers étoilé, polymorphe, cintré de détails médiévaux, guerriers et, de prime abord, étranges.
L’album s’apprécie et accentue son emprise au fur et à mesure de son écoute. Et, je concède volontiers que sa prédation/captation a, chez moi, fonctionné. Tout n’est point parfait, mais peut-on le demander lorsque l’attraction qu’il produit est à la mesure de ce qu’il permet de ressentir ? Mais surtout, aucun des titres qui composent l’album n’est dénué d’intérêt. Tous nous envoient leurs images épiques, leurs paysages impalpables et mouvants qui vous dérèglent les sens. "Age Of Chains" amorce les hostilités avec brio et, avec le tintement de ses cloches, nous rappelle que nous sommes captifs de la rêverie qu’il crée et féconde. Les claviers vont, un peu plus tard, emboîter le pas à tous ces nouveaux songes en distillant à leur tour suffisamment d’ingrédients pour agrémenter ce voyage. Ce sera également le cas avec les deux titres suivants, "Dreadful Leep" et "Of Desesperate Valor", qui bénéficient également de ces très beaux breaks symphoniques et d’un riffing bien appuyé, légèrement en retrait, mais faisant très bien son office.
Et, question riffing, la mention spéciale sera accordée à "Death Wing Black Fame" – le titre de clôture, exceptionnel dans la gestion de son feuilletage d’ambiances et des chœurs un brin typés MIDNIGHT ODYSSEY, de ses voix incantatoires finales –, tandis que, côté claviers, la breloque irait solidement aimanter le corps du titre "Quest Of The Silmaril", avec ces fastueuses ambiances à la SUMMONING / DRUADAN FOREST du plus bel effet, et la langueur irrésistible à la toute fin de ce chant féminin de Marz, la génitrice du projet HULDER – que vous pourrez retrouver dans la fournaise de "Dreadful Leep" également… Et puis il y a aussi le titre Dungeon-Synth, somme toute assez court, "Bauglir", l’un des plus intéressants pourtant qu’il m’ait été donné d’entendre depuis un certain nombre d’années, au moins depuis le semi-déclin de SUMMONING… avec ces effets sonores qui pourraient nous rappeler quelques bribes éthérées si chères aux débuts de DEAD CAN DANCE.
Auriez-vous compris à la lecture de cette chronique que ONE OF NINE m’a enchanté avec ce "Dawn Of The Iron Shadow" ? Des albums qui vous perdent, vous diluent ou vous revigorent, voilà ce qui constitue à mon sens tout ce que l’on pourrait exiger humblement de la musique. Ces espaces sonores, si puissants ou anodins soient-ils, demeurent des sas de décompression marquant parfois un temps de votre existence, mais restant des vecteurs de puissance, des passeurs de voix fidèles qui enchantent votre quotidien. En plongeant le regard dans cette superbe pochette évocatrice de l’auteur Ted Nasmith, qui s’est illustré dans l’illustration de l’œuvre de J.R.R. Tolkien, à l’instar de ses contemporains et amis Alan Lee et John Howe, tous trois officiellement reconnus et crédités par la Tolkien Estate, il est encore temps de s’imaginer de nouvelles pensées et de s’armer le cœur et la cuirasse avant d’entamer un nouveau voyage. Très grand, très précieux et très bel album de 2025.