Devinez quoi ? Swartadauþuz, vous pensez qu’il se tourne les pouces cette année, après un déluge de sorties les années précédentes ? N’espérez-le même pas. Le sieur se concentre sur certains projets, les sortant sur des labels ou pas, au gré de sa créativité intense, en collaborant avec d’autres sombreurs d’âme, mais aussi en solo. En faisant progresser ses sorties, en les détaillant un peu plus encore, en les faisant graviter les uns aux autres ou, au contraire, en les détachant inexorablement suivant les forces qui les animent, ou en les arrêtant brusquement, Swartadauþuz construit une œuvre phénoménale au service du Black Metal. Et ce Black Metal n’est point charnel, aguicheur ou volontiers accessible, non, il reste incroyablement trempé et imbibé de mystère, de mélodies glaciales et d’atmosphères enténébrées, effrayantes d’hypnose.
Et en 2025, le projet MUVITIUM s’est vu crédité de deux nouvelles sorties assez distinctes au niveau des ambiances. Prenons-les dans l’ordre de leur sortie. "Under Natthimlens Tecken..." est une démo sacrément envoûtante sortie au début du printemps dernier et comportant quatre titres dont trois de plus de vingt minutes et un instrumental clôturant la marche de cette démo de six minutes. Au total, plus d’une heure et quart de musique va s’offrir à vous et vous délecter. Ces titres ne sont pourtant pas de première fraîcheur (façon de parler), puisque ces compositions datent selon les sources de 2019, mais ils n’ont pas pris une ride tant ils savent être bavards du côté des ambiances et des atmosphères. Les titres s’allument et s’éteignent dans des sons d’ambiances (croassements, orages lointains, pluie continue, givre polaire, pas dans la neige, crépitements de feu…) nous faisant ressentir le début d’une promenade solitaire, entamée au crépuscule, et désireuse d’embrasser la nuit.
Ces longues pistes sonores bariolées de riffs hypnotiques, de leads délicats et lugubres à la fois, se tendant à l’horizon sous le haut-patronage des vociférations courroucées et amalgamées à la brume de Swartadauþuz, sont d’une majestuosité discrète mais persistante. Aucun des trois premiers titres n’a ma préférence, tant chacun d’entre eux sait proposer un voyage différent qui prolonge le précédent. C’est aussi la grande force du projet MUVITIUM. Swartadauþuz sait enduire, mieux que quiconque, le Black Metal d’un vernis contemplatif mâtiné de textures sonores glacées, insaisissables, à la seule merci de la mélancolie et de la poésie. Œuvre nocturne et de la solitude, MUVITIUM me passionne depuis le début. Et "Under Natthimlens Tecken..." ("sous le signe du ciel nocturne") nous dérègle les sens avec une intelligence redoutable. Quelques nappes de claviers vont venir, de temps à autre, magnifier quelques ambiances, renforcer l’hypnose continue et prolongée des riffs froids, apporter une nouvelle direction à cette promenade solitaire.
Quelque chose de cette musique me paraît communier avec la Nature. Si nous ne connaissons que peu de choses sur Swartadauþuz, il est fort probable que cet homme entretient une relation toute particulière avec elle. En nous adressant ces albums et en disparaissant de suite dans la nuit, Swartadauþuz ne cherche surtout pas la reconnaissance, ni même le contact. Son âme est-elle encore humaine ou a-t-elle déjà muté avec une partie de la flore et la faune des forêts de Suède ? "Under Natthimlens Tecken..." est une démo de l’hiver, de ces instants suspendus, de ces réminiscences qui font sens aux mystères de notre existence, de ce qui nous relie à nos origines lointaines et à notre devenir insupportable… Je m’incline donc fortement et avec une grande humilité devant le pouvoir sublime de cette démo riche de détails intimes, étrangers, et étranges.