Voilà typiquement le genre d’album que j’aime découvrir. Jamais trop parfait, loin s’en faut fort heureusement, et inconnu au bataillon de surcroît, "Vampyric Shadows" est le premier EP d’un Allemand sorti de sa crypte, et qui a décidé de nous invectiver salement avec un Black Metal virulent mais tempéré d’atmosphères assez réussies. Nul besoin de chercher une quelconque information au sujet de ce projet, rien ne filtre. Il faudra donc s’en tenir à son ressenti et à ses expériences d’écoute. Le côté vampirique n’est pas nouveau dans le Black Metal, il a même été plutôt épuisé à un moment donné, mais son essor actuel au sein de groupes mieux achalandés est bien plus probant. Et je pense notamment aux Italiens de MORCOLAC avec leur très bel album "Sanguinaria" paru cette année, mais également aux Hongrois de DENEVÉR ou aux germano-finlandais de ORDER OF NOSFERAT.
Vous pouvez y aller quasiment les yeux fermés avec ceux-là, de bonnes surprises bien lugubres et dévitalisées vous attendent. Pour en revenir à ce nouveau projet, BURGK, notons en premier lieu que la production assez faible et plutôt équilibrée manque de puissance et ne galbe pas suffisamment les cinq titres de l’EP. Le bât blesse de ce côté-là. Pourtant, elle ne dénature pas vraiment la nature hypnotique des ambiances, bien au contraire. Autre point à noter de ce côté-là, tous les titres ne semblent bénéficier du même mix ; des déséquilibres de volume, quelques artefacts et des différences tonales sont à noter. Autre point négatif, la batterie programmée qui sonne de manière artificielle, bien qu’elle soit de temps à autre suggestive, notamment sur les aspects envoûtants des mid-tempo. Ces reproches terminés, il serait de bon ton également de parler de ce qui fonctionne plutôt pas mal. Les claviers sont assurément, la plus-value de ce "Vampyric Shadows".
Les nappes sont plutôt très atmosphériques, voire quasi planantes par endroits. Pas foncièrement du côté brumeux ni spectral de la force pour tout dire. Elles ont cette sonorité un peu électro qui me plaît vraiment sur certains titres ("This Beneath The Moon", "Through Catacombs Of Eternal Night"), ou parfois Post-enjoué New Age à la ELDAMAR/NEBULA ORIONIS ("Wilted Rose", "Silent Pact"), mais là, pour tout dire, je me crispe un poil. Cela me rappelle ce que je n’arrive toujours pas à apprécier dans ce genre de Black Metal moderne qui, à mon sens, dénature l’âme même de ce style ou le dévoie. Du côté des guitares, c’est aussi un bon point qui attend notre Allemand. Le sieur trouve de très beaux leads ("Wilted Rose") et son riffing plutôt brouillardeux porte très bien les ambiances. Du côté de la voix, j’aime également cette vocifération sans doute bien trafiquée, mais qui a néanmoins du chien pour apporter de l’agressivité.
Pas de doute, BURGK est un groupe de Black moderne qui a correctement concrétionné des influences passées. Lorgnant sur d’autres rives plus Post et peut-être lumineuses, je reste mitigé quant à affirmer au final une note correcte. Les ambiances sont bonnes, certaines parties de guitare également, la voix est bien adaptée, mais le tableau est inégal. Je ne reviens pas sur les errements de l’enregistrement, que, comme tout bon amateur de Black Metal, j’accepte au final, n’étant pas né de la dernière pluie. Je reste donc dans une position d’attente et guette l’avenir de ce nouveau projet. À suivre, comme dirait l’autre.