Peut-être qu’il est temps que j’aille consulter. Regardez un peu ce que je vous fais encore subir : un énième album de Rory Flay. Comme si le dernier album de COLLIER D’OMBRE, de VÖRNIR ou bien encore de GARMSBLOD ne suffisait déjà pas. Ne faudrait-il pas imposer un quota ? Oh ! J’imagine bien que le Black Metal est un allergène pour beaucoup, alors vous emmerder à nouveau, qui plus est avec une démo — au son un poil cradingue comme certains les aiment, point trop parfait rien que pour l’honneur —, c’est un peu trop fort de café. Oui mais voilà, si "Distant Grandiosity Of Horizons Past" précède, il est vrai, de quelques mois le premier album de ce projet (dont vous trouverez la chronique en ces lieux, bien entendu !), je trouve cette démo plutôt réussie. À l’instar de MUVITIUM, l’un des tentacules sonores du stakhanoviste suédois Swartadauþuz (avec lequel je vous bassine régulièrement… à raison selon moi), Rory Flay pond deux sorties pour le même projet en une année : une démo incroyable avant un album, certes plus velouté dans sa production, mais également passionnant.
Sept titres composent "Distant Grandiosity Of Horizons Past" pour une petite trentaine de minutes de sustentation sonore. Notons que cette démo comporte seulement trois titres principaux, entendez par là d’une belle longueur. Correctement étirés, ils sont encadrés par des instrumentales acoustiques portées par une guitare classique énigmatique et quelques nappes de claviers sporadiques, plutôt teintées de sonorités épiques, voire Dungeon Synth. L’album se veut empreint de mystère mais son écoute minutieuse dévoile une noirceur sacrément dense et opaque, qui se perçoit dans les interstices et les recoins des titres. Les vocaux atrabilaires de Rory Flay se tordent et vampirisent les ambiances, les faisant passer de l’autre côté du miroir. Le son plutôt étouffé de la production potentialise aussi cet effet de constriction que nous pouvons ressentir.
Cette démo prend à la gorge et nous attaque au collier. Vénéneuse, elle accroît son emprise comme autant de tentacules prédateurs. Je suis plutôt convaincu par ces atmosphères fantomatiques qui traversent les longs titres que sont "Curving Blade To The Holy Throat Rite Of Dzkonik Thum", ou bien encore "Fields Ablaze In Dire Prophesy". Les riffs y sont glacials, et tout autant mélodieux que furieux. Les cris enragés, noyés aussi dans la reverb du mix, font leur petit effet et soulignent un peu plus encore l’infernalité de ce Black Metal bardé d’énigmes. Si "Distant Grandiosity Of Horizons Past" n’atteint pas la majestuosité de l’album qui suivra quelques mois plus tard, "Autumnal Fortress", avec son riffing racé, certes bien plus audible, je reste aussi attaché à cette démo moins propre et plus nébuleuse dans ses atmosphères.
C’est donc avec un peu d’hésitation que je cherche à donner une note juste à "Distant Grandiosity Of Horizons Past". La démo l’emporterait face à l’album et deviendrait mon choix de cœur mais, en réécoutant "Autumnal Fortress", force est de constater qu’avec sa production dépoussiérée, il gravit une marche supplémentaire dans l’infernalité. Alors, si vous voulez vous noyer dans les ambiances fantomatiques et hors-monde, je vous conseillerai plutôt la démo mais si vous désirez une pièce sonore plus aboutie, mais tout aussi belliqueuse, l’album est pour vous.