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Cromlech - Of Owls And Eels
Chronique par Storm - Publiée le 27/01/2026
Cromlech - Of Owls And Eels
Note : 5/6
Genre : Black Metal Expérimental
Année : 2025
Label : Darkness Shall Rise Productions
Pays : Allemagne
Durée : 39:14
Tracklist :
1.
Old Incineration Hymn
02:00
2.
Past Forever
07:09
3.
Owls in the Fog
06:35
4.
Ice Curse
05:44
5.
Eels (Part I)
03:51
6.
The Quiet Witness
07:19
7.
Mordlust
06:36

Parfois il faut un sacré temps pour trouver la somme d’idées qui permettra d'accoucher d’une œuvre. Le projet CROMLECH date de 1994, tenez-vous bien, et est resté dormant pour se réveiller à la faveur du début des années 2020 et du sommeil des autres projets d’Impurus, le seul maître à bord sur ce projet, notamment son projet Doom ALBEZ DUZ. Pour éviter toutes billevesées ou compositions inachevées, Impurus s’est appuyé sur son savoir technique, notamment de batteur, et sa maîtrise des ambiances qu’il avait pu déjà travailler en son temps parmi d’autres groupes (CRYOGENIC, LEGION OF SADISM). D’ailleurs, petit aparté, je recommande aux amateurs de Black Sympho qui aiment les nappes variées et un poil grandiloquentes à la MYSTIC CIRCLE, TARTAROS, de mettre une oreille sur l’album de 1998 de CRYOGENIC : "Celephais", il pourrait beaucoup les intéresser.

Pour en revenir à CROMLECH et à ce second album sortant deux ans après "Cold And Stiff", si je vous chronique cet album, c’est aussi pour vous parler de la part d’envoûtement qu’il sait créer et de l’originalité prégnante de certains titres mirant leurs yeux sur des rives mélancoliques où des riffs parfois Prog dament le pion sur les nappes symphoniques attendues. Et c’est assez remarquable, je dois bien le dire. Cet album s’apprécie au fur et à mesure des écoutes avec ce plaisir patenté de vouloir y revenir fréquemment pour prendre sa dose de riffs et d’ambiances bizarres, et d’y tenter à nouveau une aventure onirique quasi avant-gardiste – que le titre mystérieux de cet album avait déjà partiellement éveillée. Pour étayer ce sentiment et ce propos, j’aimerais vous mettre en lumière notamment les deux titres savamment enchaînés "Eels (Part I)" et "The Quiet Witness". Car, tout le sel ingénieux de CROMLECH pourrait résider dans ces compositions particulières et éclectiques dont les éclats à la fois intraduisibles et étranges, aux motifs quasi cinématographiques (à l’instar d’une bande-son d’un film d’angoisse), virevoltent tout autant, de différentes manières, dans d’autres titres.

Je pense par exemple à "Past Forever", qui, avec cet effet fantomatique, un poil BURZUM-ien, donne cette tonalité lugubre – hors-temps – aux riffs ténébreux et pourtant mélodiques à souhait. Si nous ressentons ce vent cinglant s’engouffrant le long de vastes corridors d’un château hanté (du moins c’est la représentation qui me vient en tête), la voix d’Impurus potentialise aussi cet aspect sombre et horrifique, notamment appuyé par ces nappes EMPEROR-iennes envoûtantes que vous pourrez retrouver avec une délectation certaine sur le titre suivant "Owls In The Fog". Son timbre vampirique et mordant cache les pires desseins, et s’il peut rebuter en première impression, son aspect bizarre déploie toute son aura maléfique au fur et à mesure que nous nous habituons à lui. "Of Owls And Eels" n’est pas marqué par une tempête de blasts, mais plutôt par son déferlement d’ambiances expérimentales qui pourrait me faire penser, de temps à autre, à un WORMWOOD passé du côté obscur du miroir, dans le monde invisible où règne ce qui n’a pas encore de signifiant.

Ce deuxième album de CROMLECH est un petit joyau de l’année 2025. Sa relative courtesse (un peu en deçà des quarante minutes) induit une écoute que l’on souhaite répéter, cette fois tapi dans la nuit, à espérer vivre l’indicible. Je ne peux que m’incliner sur les aspects très sérieux qu’Impurus nous adresse en plein cœur. Avec une production bien équilibrée et une ambiance à l’acmé de sa lugubrité, "Of Owls And Eels" nous enferme dans son labyrinthe espiègle et machiavélique. Assurément un album qu’il vous faudra entendre et vivre à la fois. Expérimental, avant-gardiste et symphonique, CROMLECH s’annonce comme l’un des albums de l’année, pas loin, dans un autre style, du noirâtre "Logos Of All-That-Ends" des Finlandais de WARLOGHE. Ressentez donc l’appétit féroce et démesurément insatiable d’un Black Metal d’épouvante et subtilement racé.

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