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Deafheaven - Lonely People With Power
Chronique par Storm - Publiée le 28/01/2026
Deafheaven - Lonely People With Power
Note : 5/6
Genre : Post Black Metal
Année : 2025
Label : Roadrunner Records
Pays : États-Unis
Durée : 01:02:01
Tracklist :
1.
Incidental I
00:56
2.
Doberman
06:33
3.
Magnolia
04:14
4.
The Garden Route
05:47
5.
Heathen
05:02
6.
Amethyst
08:14
7.
Incidental II
04:20
8.
Revelator
06:23
9.
Body Behavior
05:22
10.
Incidental III
02:07
11.
Winona
07:27
12.
The Marvelous Orange Tree
05:36

Les Américains de DEAFHEAVEN ont frappé un grand coup cette année avec ce nouvel album, c’est une évidence. En soignant leurs compostions et en remettant le curseur sur l’agressivité et l’émotion, après un dernier album, "Infinite Granite", sorti en 2021, plutôt controversé et qui avait eu le toupet de se débarrasser des éléments Black Metal et Post promu brillamment par le groupe depuis ses débuts, au profit d’une Pop éthérée assumant enfin les influences non-Metal des Américains, "Lonely People With Power" revient labourer avec ferveur sur les terres fertiles d’un "Sunbather" (2013) ou d’un "New Bermuda" (2015). Si le dernier album en date avait pu catastropher une partie de la fanbase, il se plaçait pourtant également dans la suite logique de "Ordinary Corrupt Human Love" (2018) qui laissait déjà entrevoir davantage de passages Post-Rock et ordonnait à certaines mélodies plus de douceur poétique et mélancolique.

Il est certain que le groupe a eu besoin de se réinventer et d’aller explorer la piste du Shoegaze post-moderne ou de la Dream-Pop, pour pouvoir repartir aux commandes de riffs plus énergiques et dévorant d’agressivité entremêlée de grâce émotionnelle. Cela fait vraiment très plaisir à entendre, car les Américains ont toujours eu cette ingéniosité à manier leur Post-Black sur les rives modernes de la puissance brute et de la finesse sonore. Et ce sixième album en est le témoignage express. Les amerloques de DEAFHEAVEN semblent avoir atteint un des sommets de leur parcours musical, en synthétisant parfaitement leur dernière expérience musicale ("Infinite Granite") avec les racines extrêmes de leurs premiers albums. Leur vœu premier de devenir les ALCEST américains c’est peut-être exaucé avec "Lonely People With Power". Cette fois-là les portes du public Metal ne peuvent leur être refermées ?

Si les titres sont volontiers plutôt homogènes, ils agrègent néanmoins une orchestration et des motifs sonores assez sublimes. La narration de George Clarke, à cet égard, est assez exceptionnel. Son chant déchiré qui pouvait auparavant moyennement convaincre les puristes, révoque ici toutes les critiques. Si son grain n’a point changé, la force de son jeu et de sa diction se sont bien améliorés, colorant efficacement les paroles d’un contenu émotionnel qui leur est propre mais avec une portée sensible davantage exponentielle. Les riffs de Kerry McCoy sont troublants de sensibilité et comme libérés. Libérés du poids hanté du passé, des addictions, et des spasmes d’inquiétudes. Ils font mouche et produisent des titres justes affolants de beauté. Je pense aux superbes "Doberman","Amethyst", "Winona" qui ne manqueront pas de figurer parmi les plus beaux titres de l’année, ainsi que la si envoutante et éthérée "Heathen". Les amoureux transis d’un Post-Black Metal ni guimauve ni labyrinthique en auront pour saigner leurs cœurs et ressentir sa pulsatilité.

Là où d’autres cadors de la scène émotionnelle ont plutôt échoué avec leur dernier album, je pense surtout à ENVY en disant cela, DEAFHEAVEN nous surprend sur les aspects lyriques de son élégance mélodique, nous anime par la beauté et l’organicité de ses guitares, par l’implacabilité propre et dévoué des rythmes de son batteur Daniel Tracy, et le placement dingue de son chanteur emblématique. Les thématiques de l’album sont aussi très contemporaines et n’enfoncent pas de portes ouvertes : la solitude dans les sphères du pouvoir avec leurs lots de déconnexion, la critique des stéréotypes de la masculinité ("Body Behavior"), et les approches testimoniales. Finalement, le groupe assume pleinement ce qu’ils sont et cet album reflètent également de manière décomplexée leurs autres influences non-Metal, de l’évident Blackgaze d’ALCEST au Post-Rock éthéré à la SIGUR ROS ou plus agité à la CASPIAN/EXPLOSIONS IN THE SKY, mais également à d’autres plus courants plus mainstream par l’invitation sur deux interludes "Incidental", de Jae Matthews du groupe de Synthpop BOY HARCHER, et de Paul Banks, chanteur et guitariste du groupe très Rock britannique INTERPOL.

En amalgamant les cristaux légers d’"Infinite Granite" et les minerais bruts de "New Bermuda", DEAFHEAVEN nous prouve avec cet incroyable "Lonely People With Power", que l’on peut faire évoluer, sinuer, circonvoluer, disparaître, ressourcer, expérimenter et ponctuer sa musique en réconciliant le passé au futur. Le groupe ne fait pas de mystère sur ses ambitions en ntégrat l’écurie Roadrunner Records, mais il reste encore une énigme à déchiffrer et là-dessus le groupe est peu bavard : celui de la pochette de cet album. Comme un instantané pris et volontairement ambigu, nous y apercevons une femme maquillée (une ex-pornstar dans la vraie vie, il s’agit de Jenna Haze) accoudée l’air inquiet au rebord de la fenêtre d’une voiture où un ado et un homme semble s’y être installés sans vouloir convier cette femme. Est-ce l’épouse et la mère ? Est-ce une prostituée ? Serait-ce une corrélation avec les paroles de "Body Behavior" ? À vous de vous en faire votre propre idée.

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