ENTHRONED m’a toujours plus ou moins marqué. Rien de fondamentalement transcendant dans leur discographie ni même dans leurs jeunes années (vous savez, celles du feu sacré), mais point trop non plus de déchets honteux. Second couteau diront certains derrière les autres têtes de pont de l’époque, MARDUK et DARK FUNERAL en tête, mais pourtant fleurons de la scène belge avec ANCIENT RITES et LUGUBRUM. L’histoire du groupe est pourtant très ancienne, et nous amène à la fin des années 80, avec cette bande d’adolescents jouant du Death au sein de MORBID DEATH dès 1987, puis avec BLASPHEREION. Un premier album sera concrétisé, "Rest In Peace", et, à la clef, une première signature chez le très jeune label français Osmose Productions… en 1991. Par la suite, les trois copains s’initieront et goûteront aux doux maléfices du Black Metal et formeront ENTHRONED en 1993, pour nous offrir deux bons albums avant qu’un point de bascule ne vienne ternir la lancée du groupe.
Le suicide de Cernunnos dans sa vingt-cinquième année, en 1998, ne découragera pas le projet mais provoquera quelques remous. Depuis la fin des années 90, force est de constater que, si le line-up des Belges a beaucoup changé, leur production musicale est restée constante. "Ashspawn" est donc le douzième album d’ENTHRONED, avec comme seul membre historique le guitariste Nornagest, accompagné de deux autres musiciens dont le batteur Menthor depuis 2012. En ayant dit cela, il est bien temps d’aller explorer ce disque qui ne vous fera pas sauter de votre chaise, je vous le dis tout de go. En effet, si l’on retrouve un peu du sel qui a fait la valeur du groupe, avec ces blasts tempétueux et la primauté de ses structures simples (entendez par là que les claviers ou autres tentatives épiques de faire du folklore sont toujours restés dans le gouffre), force est de constater que le compte n’y est pas.
Les trémolos-picking sont toujours bien de la partie et restent bien lisibles, ok. Le jeu des musiciens reste bien carré sur cet "Ashspawn" — mais s’en étonne-t-on aujourd’hui avec le concours des studios et du travail des ingénieurs du son ? —, sauf que, côté palette émotionnelle, les titres passent et se succèdent sans jamais affoler les compteurs, ni y pourvoir. C’est très certainement le gros reproche que j’oppose à ce nouvel album. Côté chant, je suis également peu emballé par les vocalises de Nornagest, qui semble avoir perdu un peu de sa superbe et de sa puissance. Les titres sont bien trop homogènes pour que chacun d’entre eux se démarque et offre un intérêt d’écoute. Au final, il m’est difficile de retenir une mélodie, un riff ou un passage. Dommage, j’en attendais bien plus.
J’ai toujours eu beaucoup d’estime pour le ENTHRONED des 90s, il est peut-être temps que je tourne la page, ou écoute le prochain opus d’une oreille plus distraite. Je confesse méconnaître les albums précédents ; il est donc possible que ce "Ashspawn" soit un léger faux pas mais, toute proportion gardée, l’album n’est foncièrement ni mauvais ni bon, juste moyen. Du Black/Death peu consistant, en somme. Peut-être que les aficionados du groupe s’opposeront à mon avis. En tout cas, si je suis passé à côté de l’album, il est peu probable que j’y revienne de sitôt.