En raclant un peu les fonds de tiroir, voilà que FAIDRA - une superbe entité BURZUM-ienne suédoise si l’on aime catégoriser rapidement - nous sort un EP bien intéressant et bien dans le jus de ce que ce combo mystérieux (le line-up est inconnu, nous ne savons juste qu’il s’agit d’un onemanband) nous a déjà dévoilé auparavant avec deux albums déjà bien savoureux en termes de lugubrité d’ambiances et d’aspirations atmosphériques. Alors lancer le bal de cette année 2025 par cet EP est un honneur tout hivernal. Ventez, tempêtez, sombres mélodies !
Mirez-moi donc cette pochette que le peintre et graveur espagnol Ulpiano Checa y Sanz a titrée "Le Temps". La faux encore sanguinolente et les yeux injectés de sang d’une monture aux abois et harassée par la tâche monumentale à accomplir, La Mort représentée par ce vieil homme aux yeux clos - comme pour mieux disséminer l’irréparable ou alors sachant exactement où l’ordonner – n’a donc qu’un unique dessein à accomplir au gré du clepsydre de vie qui s’égrène. Si les titres "Ixion" et "Phantasmagoria" sont le fruit de compositions datant de 2020, le titre éponyme "Dies Irae" nous envoie à la tête ces notes parfumées de ténèbres. Toute la formule qui a fait de ce combo un esprit inquiétant et singulier est ici représentée de la plus auguste des manières : nappes de claviers fantomatiques aux touches énigmatiques respirant à pleins poumons les cieux inconfortables, riffs sauvages lardant l’horizon, vocaux vampiriques mystérieux et cymbales possédées, fouettées jusqu’à la rupture ou l’inanition.
Si ce premier titre fait mouche aux aficionados de FAIDRA – dont je fais partie – avec notamment sa touche élégiaque finale bien trempée de l’encre des enfers, les deux autres titres auparavant sortis en tant que single en 2020 nous rapprochent encore un peu plus du suc BURZUM-ien qui a tant fait le charme et l’attrait de cette entité suédoise. Démarrons par "Ixion" et sa lubie désenchantée de nous attraper les membres pour mieux nous ensevelir. Le Black Metal Atmosphérique et funéraire, légèrement teinté d’Ambient hypnotique, produit bon gré mal gré son effet toxique. Au contact de "Ixion", il nous sera fort difficile de lutter à contre-courant contre cet ensevelissement féroce et continu. Le mieux est de lâcher prise et d’aller sonder où ses forces obscures souhaitent nous mener… Le titre "Phantasmagoria", quant à lui, aime à se lover dans un mid-tempo souffreteux qui hume les contes hantés et les destins fauchés. Son côté plus épique, notamment avec sa fin plus envolée et davantage lumineuse, apportera quelques maigres consolations aux maudits que nous sommes devenus.
En ce tout début d’année 2025, FAIDRA ne renverse pas la table mais nous laisse de quoi nous sustenter de quelques beaux lambeaux, sans doute pour mieux nous faire patienter et fantasmer le prochain album. Et c’est déjà réussi. Son mystère et surtout sa haute capacité à nous faire songer et à nous embarquer dans son périple funèbre sont encore consacrés avec ce nouvel EP. Peu importe que nous connaissions déjà deux de ses trois titres, il aurait été bien dommageable de les laisser de côté avant qu’ils ne sombrent dans les failles et l’oubli.