L’inspiration ne tarit jamais chez notre cher Hongrois. C’est aussi que sa source interne et personnelle a ce besoin indéfectible de faire jaillir les torrents et les soubresauts de son âme tourmentée et torturée. Et on le comprend à nouveau avec la sortie de son premier album de 2025, oui car je garde en tête la grande productivité de l’auteur qui nous a nourri l’année dernière d’au moins quatre albums avec FOREVERCOLD. Avec cette singularité qui lui est propre, le Black Metal Atmosphérique qu’Adam déploie est toujours aussi contaminé par le fiel de la mélancolie noirâtre et de ses filets à fines mailles qui retiennent l’élan de la vie.
Et c’est aussi ce qui titille un peu ma critique, FOREVERCOLD a creusé son sillon, sa sonorité, ses propres gimmicks et sa singularité et si cette dernière est attendue, elle est aussi prévisible. Passées les premières écoutes, "Ez A Szomorú Világ" continue à nous bercer mais ne déclenche pas non plus la plus fervente des admirations… Et pourtant le laisser décanter un peu avec la valse du temps puis le reprendre produira l’effet recherché : FOREVERCOLD a quelque chose de magnétique et qui parle aux animaux blessés. Il est faux de penser que cet album est foncièrement moins bon que les deux premiers – qui m’avaient laissé un souvenir entêtant avec leurs mélodies qui vous réinterpellent d’un coup d’un seul, sans crier garde, et questionnent votre mémoire. Non, "Ez A Szomorú Világ" est aussi beau je dirais avec notamment l’entame majestueuse de son titre éponyme. Mais aussi "Magány" et ses accents plus belliqueux et son riffing qui me laisse penser à quelques accointances avec un titre de MARRAS sur l’album fulmineux qu’est : "Where Light Come To Die".
FOREVERCOLD a regalbé son art et son Black Atmosphérique mélancolique a toujours un charme fou. Traverser l’hiver et joindre "Ez A Szomorú Világ" à une promenade rude et solitaire produira toujours cet effet introspectif puissant. Hymnes à l’immersion, les titres de ce nouvel opus font tous mouche. "Elmúlás" est d’une tristesse sans nom et le Black Metal que ce titre déroule fait perler les larmes. Écoutez-moi ce break au piano sanglotant, et la reprise agressive et désespérée des riffs acérés toutes griffes dehors… Puissamment atmosphérique, intransigeamment sombre, Adam manie les riffs et les claviers avec technicité et surtout avec une justesse émotionnelle assez exceptionnelle.
"Ez A Szomorú Világ" est un écrin personnel, qu’il nous est laissé d’apercevoir. Adam transcende les tumultes qui lui pèsent. Son combat contre les forces obscures (sont-ce les addictions ?), contre tout ce qui enténèbre de trop la vie - le deuil, la rupture, le regret - est écrit et s’écoute en ces notes. Je trouve ce nouvel album très bien composé et, à l’inverse des deux précédents, il me procure un sacré nombre de sensations. L’année démarre très bien sous les cieux obscurs de FOREVERCOLD, très bien même… Tant que durera l’hiver dans nos vies.