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Greve - Bleknat Bortom Evig Tid
Chronique par Storm - Publiée le 31/01/2026
Greve - Bleknat Bortom Evig Tid
Note : 5/6
Genre : Black Metal
Année : 2025
Label : Purity Through Fire
Pays : Suède
Durée : 46:10
Tracklist :
1.
Till striden...
01:01
2.
Livets fjätter brista
06:20
3.
Nektar av dödens gift
06:10
4.
I dunkel poesi
08:13
5.
En sista färd
08:18
6.
16 Vingar...
06:41
7.
Bleknat bortom evig tid
06:38
8.
Efter stormen...
02:49

Difficile de succéder à l’album précédent, "Föllo Af Svavel, Lifvets Dimridå", qui, dans son enveloppe d’excellence mélodique, nous avait octroyé de bien lumineux titres ténébreux au possible et empreints de ce caractère racé si propre aux compositions de Swartadauþuz. Mais le maître suédois, juché sur son promontoire surplombant une nuée de conifères enneigés plongés dans le ciel de la nuit, savait pertinemment que son inspiration géniale réapparaîtrait à la faveur d’une nouvelle tempête. Trois ans plus tard, la voici, impressionnante de fureur, vomissant des nuées de grêle et contaminant l’air d’un épais brouillard givrant. Invectivant le règne humain, "Bleknat Bortom Evig Tid" immisce son hostilité aux confins des cerveaux mais surtout inonde de sa beauté vénéneuse.

GREVE est aussi un des projets les plus suivis de Swartadauþuz avec MUVITIUM, BEKËHT NEXËHMÜ et GNIPAHÅLAN (entre autres…). N’oubliez pas que le sieur est d’une prolificité importante, mais qu’il ne concède jamais un pouce à la médiocrité. Sauvage, hermétique, retiré on ne sait où dans un monde qui n’appartient qu’à lui, le Suédois inscrit une énigme supplémentaire à l’édifice colossal de son œuvre, à chacune de ses sorties. S’acoquinant assez souvent avec les cadors actuels de la scène Black Metal (Alex Poole, Collier d’Ombre, Lik, Déhà, Likpredikaren), les dignes héritiers des œuvres furieuses suédoises (mais pas que…) des 90s et grands désintéressés jusqu’au-boutistes (se foutant bien de quelconques promotions, ou de réseaux sociaux…), Swartadauþuz s’amuse et s’anime à nous plonger, plus que de coutume, dans la noirceur épaisse des nuits sans fin où l’homme est annihilé et où son règne est anéanti.

Et cette fois encore, cet album, le troisième du projet, déploie son incandescence au travers de mélodies superbes, de leads qui vous aimantent les neurones. Jugez-en par vous-mêmes et laissez-vous lécher par les flammes superbes de titres tels que "Livets Fjätter Brista" et "Nektar Av Dödens Gift". Les mauvaises langues aigries, envieuses et les critiques patentés diront par raccourci que le Suédois n’invente pas la roue… mais qu’ils aillent au paradis ! Nous sommes bien mieux dans l’Enfer de Swartadauþuz avec un majestueux. La sombreur mélancolique, spectrale et impériale qu’il déverse à grands renforts de riffs imparables ne trouve aucun égal actuellement hormis chez les confrères cités plus haut. Malgré l’hétérogénéité des structures des titres, "Bleknat Bortom Evig Tid" est un album qu’il faut pouvoir décanter, en prenant le soin de préserver son arôme subtil. À la faveur d’ambiances hypnotiques, d’expériences quasi-déréalisantes, un venin agile va se propager dans les tréfonds de votre âme et s’emparer de vous.

Écoutez la cavalcade martelée, malfaisante de "En Sista Färd" et ses plus de huit minutes de galop sondant la croûte terrestre, s’appropriant tous les territoires et décochant des flèches ensanglantées au soleil. Écoutez, par contraste, le titre ambient-symphonique servant d’outro, "Efter Stormen…", pour terminer l’expérience sous une pluie passable. Enfin, n’omettez pas de célébrer "I Dunkel Poesi", qui, avec ses claviers discrets, nous entraîne dans une plongée vertigineuse dans les abîmes… C’est donc un nouvel album prodigieux, comme à l’accoutumée j’ai envie de vous dire, que Swartadauþuz excave de ses entrailles.

Encore un diamant noir, encore un cristal pur des ténèbres, encore un autre album de 2025 vertigineux du Suédois. Après les deux MUVITIUM, le GYGATH et le VÖRNIR de cette année, "Bleknat Bortom Evig Tid" saisira votre sensorialité avec ses émotions pétries par les doux soins de Satan. Du Black Metal pur, animé par l’esprit de la Nature, bien à contre-courant de toutes les nouvelles tentatives de brassages et de fécondations promues par les nouvelles générations. Merci à toi mille fois Swartadauþuz ! De la part de tous les vieux connards et salopards que nous sommes et serons toujours.

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