Il est vrai que Swartadauþuz s’est fait plus discret cette année. Ce stakhanoviste de la composition et Mozart du Black Atmosphérique n’a pourtant pas chômé. Le dernier AZELISASSATH a embelli mon écoute un bon moment et les deux albums sortis coup sur coup de son projet MUVITIUM ont égratigné le beau soleil de mon été. Notre cher mystérieux suédois aurait bien pu épaissir pourtant la discographie d’un de ses nombreux projets avec ce "Ablaze Above The Forest", mais qu’à cela ne tienne : nouveau line-up, nouvelles idées, nouveau projet. Et c’est avec le tout aussi énigmatique Sortilege que Swartadauþuz forme GYGATH. Ce duo avait déjà préalablement collaboré sur l’unique et très bel album de SECRETS, "Towards The Nightside", dont vous trouverez la chronique en ces lieux. Nous savons que peu de choses de l’album, mais il aurait été composé d’une traite d’improvisation une nuit de l’hiver de 2022 par Sortilege.
En examinant la teneur magique de ces riffs et leur entraînement besogneux et forcené à nous embarquer dans l’univers de la nuit, il est aisé de penser que ces deux-là ont vraiment de sacrés atomes crochus. En déployant les ailes noires d’un Black Atmosphérique infernal, dont l’envergure ne fait qu’augmenter par les nuées ardentes des claviers. Toujours avec une pointe de sobriété et une part de mystère accrue, ce nouveau projet nordique est pourtant dans la droite ligne des albums géniaux de TROLLDOM ou de GREVE, avec leurs aspérités mélodiques marquées et leurs ambiances symphoniques ténébreuses. À l’image de cette belle pochette bien évocatrice, GYGATH est un voyage nocturne permanent dans la brume épaisse des grandes forêts du Nord. Magnétique, hypnotique et ensorcelant, "Ablaze Above The Forest" nous jauge imperturbablement, du haut des plus grands épineux de cette forêt hostile, faisant fondre sur nous des hordes de corvidés bien camouflées dans les nuages de poudre de neige.
Pour vous imager cela, j’aimerais vous parler du somptueux titre "IV" qui, dans sa grande magnificence, fait parler la faune nocturne. Swartadauþuz, qui s’occupe des vocaux et des claviers, y déploie toute la science de son talent et devient le porte-voix de la lugubrité de ces contrées. Les riffs gravissent, tout autant que la lancinance des nappes de claviers, les sentiers sinueux et escarpés d’une montagne hostile illuminée par la pâle lueur de la lune. Le martèlement des fûts nous hypnotise et nous pousse irrésistiblement dans cette ascension. Les breaks y sont majestueux, les ambiances très travaillées, les mélodies ont cet éclat qui vous reste très fréquemment en tête. D’autres titres ont ce même pouvoir irrésistible et captivant. "II" et "V" ont ce même abord : longues plages sonores de Black Metal fortement imprégnées d’éléments plus Ambient parfois longuement répétés jusqu’à toucher du doigt le monde invisible.
Sombrement onirique, la musique de GYGATH se veut instinctive et obsédante. "Ablaze Above The Forest" nous connecte avec l’hiver et son hostilité. Comme la captation d’une transe mystique et spectrale, cet album nous envoûte littéralement et immédiatement. Si les compositions proviennent bien d’une seule nuit d’improvisation, je n’ose imaginer cet incroyable moment où Sortilege s’est laissé aller avec maestria à la plus pure des créations. Swartadauþuz, comme à son habitude, a manié avec génie sa voix dans le lointain, et cela renforce l’envoûtement constant qu’"Ablaze Above The Forest" nourrit. À nouveau, l’immersion est totale et ce Black Metal fortement racé est une des plus belles sorties de 2025.