HARAKIRI FOR THE SKY est cette entité de Post-Black Metal, si tant est qu’il y ait encore quelques graines de Black dans ces derniers albums. "Scorched Earth" est le sixième, et il aura mis un certain temps à sortir (près de quatre ans). Sans rompre complètement avec les précédents opus, les Autrichiens de HARAKIRI FOR THE SKY continuent leur mutation en développant pourtant davantage de motifs Rock et Pop, mais jamais au détriment du Metal. Si cet album a eu le temps d’être mûri avant sa sortie, il accueille aussi un nombre d’invités intéressants qui poussent la chansonnette sur un certain nombre de titres : Serena Cherry de SVALBARD, Tim Yatras de GERM/AUSTERE, et P.G de GROZA.
Je n’ai jamais été le plus grand fan de HARAKIRI FOR THE SKY, trouvant le groupe trop émo-Core et pas assez rustre. Cet album, qui foncièrement ne changera pas la donne sur ce jugement sauvage, doit pourtant se laisser mouliner à ma critique tout en gardant ma raison. Et d’emblée, je ressens en "Scorched Earth" comme la déclinaison musicale des maux actuels du monde, de ceux qui entravent la bonne marche de la jeunesse actuelle : angoisse sanitaire et écologique, crainte de l’effondrement démocratique, guerre aux portes des frontières, instabilité existentielle et méfiance. Depuis la crise du COVID-19, force est de constater que la santé mentale des nouvelles générations paraît préoccupante – à moins que cela ne soit plutôt tout simplement une démocratisation du prendre soin de soi et de l’aller-vers… HARAKIRI FOR THE SKY conte brillamment avec cet album ce désenchantement et ces craintes en l’avenir.
Concernant finalement ce qui nous intéresse le plus, la musique, que donne-t-elle ? Nous allons trouver beaucoup de KARG dans ce HARAKIRI FOR THE SKY, normal me direz-vous, puisqu’il se partage le même chanteur, bien que J.J. s’occupe d’à peu près tout dans cette autre formation, qui vient d’ailleurs tout récemment de sortir leur neuvième album, "Marodeur", que je vous chroniquerai bientôt. Mais il y a aussi pas mal d’AGRYPNIE ou de BONJOUR TRISTESSE dans ce "Scorched Earth"… tous ces groupes ayant en commun une délectation notable pour le Post-Black mélancolique et inoffensif. De là à dire que HARAKIRI FOR THE SKY soit un groupe pour amoureux éconduits, je n’oserais pas, bien que les thèmes proposés, et notamment les paroles, soient assez explicites dans ce sens.
Pour tout dire, j’ai vraiment un peu de mal avec ce genre de Post-Black que je trouve trop édulcoré et pas assez atmosphérique. DEAFHEAVEN a renversé la vapeur sur son dernier album et je ne sais si j’arrive à m’en réjouir, mais concernant HARAKIRI FOR THE SKY, cet album n’arrive pas à me réconcilier avec les Autrichiens. Les riffs des compositions et les ambiances me glissent dessus sans vraiment arriver à retenir mon attention ni à capter un peu d’émotions en moi. Rien n’y fait, malgré les écoutes, malgré Tim Yatras, malgré Serena Cherry, je trépigne gentiment en attendant que cela se termine, et pire, je fronce les sourcils quand les titres sonnent comme de la drôle de Pop ("Street Spirit", "Elysian Fields" (un titre bonus sur l’édition limitée)). J’ai fait mes devoirs, j’ai réécouté la discographie avec attention avant de me lancer dans "Scorched Earth", HARAKIRI FOR THE SKY ce n’est pas pour moi, voilà tout. Néanmoins, l’album plaira certainement à une frange moins extrême de fans et c’est tant mieux.