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Hasard - Abgnose
Chronique par Storm - Publiée le 01/02/2026
Hasard - Abgnose
Note : 4.5/6
Genre : Black Metal Impérial
Année : 2025
Label : I, Voidhanger Records
Pays : France
Durée : 43:56
Tracklist :
1.
Oniritisme
08:24
2.
Senestral
07:02
3.
Negascendance
08:34
4.
Antienne estrale
10:06
5.
Abgnose
09:50

L’année dernière, à peu près à la même époque, sortait le terrible "House Of The Black Geminus" de AKHLYS. Voilà que la version française, tout aussi dégoulinante d’acide, s’abat avec causticité, telle une nuée ardente dégueulante de matières infectes, sur les pauvres erres que nous sommes. Terrassées par le blast du souffle d’entités infernales et imperceptibles, figées et effrayées à la fois par l’angoisse extrême, nos âmes déroutées, hagardes et perdues essaient d’endurer l’inhumanité d’un tel déferlement. HASARD ne boude pas son plaisir à nous infliger une torture aussi extrême, avec son Black Metal irradié et totalement dévoué à l’œuvre du Malin. Difficile, voire impossible, de lutter à armes égales contre ces successions de tempêtes de courroux s’abattant sur nous pendant plus de quarante minutes. Et ce n’est pas la première fois que la parole des Enfers prend forme et s’acte. Hazard (le maître chanteur), comme un certain Naas Alcameth, s’est déjà illustré à nous livrer bataille avec un autre méfait, il y a deux petites années : "Malivore".

"Abgnose", également sorti comme son prédécesseur sur le label suffoquant I, Voidhanger Records, parmi d’autres pointures telles que ÆVANGELIST, MARE COGNITUM, MIDNIGHT ODYSSEY ainsi que d’autres bourrasques démones, est un dédale déraisonnable, oppressant, aux murs brûlants, jonchés de herses et suintant l’agonie et les bruits d’épouvante. À l’image de cette pochette énigmatique et horrifique signée Roy de Rat, HASARD hurle l’horreur, le saccage et le meurtre. Les dissonances s’invitent par myriades dans des riffs aux harmonies tordues à l’extrême, jusqu’à leur propre rupture et, en tourbillonnant autour de nous, elles nous emportent dans un tourbillon d’orchestrations dingues, saturées et de plus en plus accrues. Aucune respiration n’est possible, les titres s’enchâssent et déroulent la marche rapide du chaos, de son bouillonnement éternel et surtout de son insatiable prédation. En pulvérisant des ambiances exponentiellement lugubres et dictatoriales, "Abgnose" n’en finit pas de faire saigner la vie.

Radical artistiquement, ce second album de HASARD s’impose de lui-même. Hermétiques et atonales, accentuant l’angoisse et le stress, tous les titres de "Abgnose" comportent leur lot d’insupportabilité tant ils nous plongent dans un magma cauchemardesque. Écouter d’une traite, sans sourciller, l’album est une expérience en soi. Avec une production encore plus peaufinée que sur "Malivore", la monstruosité du nombre de détails des motifs sonores est à remarquer. Le travail de composition et d’enchevêtrement du mille-feuille des dissonances, des riffs, des notes de claviers hostiles, des vocaux gutturaux et spectraux à la fois, forment de nouvelles excroissances à ce Black Metal de l’extrême. Comme un ORANSSI PAZUZU broyé et déchiqueté, HASARD dirige le combat, l’initie et le pervertit à la fois. Extase noirâtre, impitoyabilité et néant sonore, des titres tels que l’énormissime "Senestral" ou "Negascendance", qui lui emboîte le pas, vont littéralement vous annihiler émotionnellement parlant.

Abrasé et quelque peu terrorisé, il nous faudra reconquérir notre propre existence pour de nouveau croire en l’humanité. Peu d’albums ont ce dessein funeste de nous réduire en pièces avec une perversion qui ne faiblit jamais. C’est aussi ainsi que l’on reconnaît les plus grands disques de Black Metal Impérial. Avec un sens obsessionnel du détail, Hazard nous livre six pièces sonores labyrinthiques, très bien orchestrées et alternant entre ténèbres atmosphériques et symphonies des abîmes. Les claviers jouent un rôle essentiel au sein de l’incandescence des ambiances. Ils nous soumettent à une expérience sensorielle désarmante que les dissonances ne font qu’accentuer. En état de catalepsie, voilà que zombifiés, il ne nous est plus possible de commander ce que nous sommes. En vain, nous essayons d’opérer à nouveau une pensée, un geste, ou quelque chose d’autre où nous pourrions imaginer achopper une dernière idée, agripper une dernière sensation, mais rien n’y fait, HASARD a bel et bien eu raison de nous. C’était prévisible, c’était indicible, c’était voulu.

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