Pour vous parler de HELLLIGHT, j’ai poncé mes écoutes et je me suis mis dans les conditions optimales pour vous le décrire. Il me fallait du temps et des expériences pour ressentir la profondeur de cet album, et de laisser décanter à son contact différents sentiments ou humeurs. Il m’a fallu aussi du jour et de la nuit. Il m’aura fallu également du lâcher-prise et du rêve, et mirer des paysages qui me perdent ou me donnent cette impression. C’est ainsi que je conçois l’écoute de ce type de musique. Le Funeral Doom/Death Metal est un genre d’une sombreur et d’une dépressivité telles – et notamment de manière prégnante avec ce "We, The Dead" – qu’il vous cloue l’âme au ciel ou vous dilue les entrailles dans un océan de rêverie, si ce duel entre transcendance et immanence s’immerge et se submerge à la fois à la candeur et au règne de la vie.
Ce trio brésilien ne date pourtant pas de la dernière pluie. Le début de cette entité, formée par son mentor Fabio De Paula, a démarré l’aventure HELLLIGHT en 1996 pour porter son premier album en 2005. Cette accumulation d’expériences et de maturité se ressent à l’écoute de cette huitième sortie. D’une portée mélodique et émotionnelle assez dévastatrice, "We, The Dead" va vous garder la main pendant presque quatre-vingts minutes et faire osciller les battements de votre cœur d’une délicate mélancolie et de turpitudes paraissant infinies. De nombreux breaks, et je pense à ceux notamment de "Echoes Of Eon" et de "Desesperate Cry", vont vous saisir de leur douceur nostalgique et de leur profonde beauté. Les leads sont incroyablement gracieux sur cet album et le jeu vocal de Fabio, alternant entre growl ténébreux et chant clair poignant, participe à percevoir ces points de suspension, cette clepsydre inexorable, ces touches de vertiges ambiants accourant et courant encore à l’infini tout du long de "We, The Dead".
Le piano gracile de l’interlude éponyme ou le chant doucereux d’Heike Langhans (REMINA, ex-DRACONIAN) au sein du titre "We, The Dead", apporte aussi une dimension superbement atmosphérique et néo-classique. J’ai comme l’impression que cet album transforme tout ce qu’il touche en or. Entre un SWALLOW THE SUN et un SHAPE OF DESPAIR, HELLLIGHT manie avec brio les grappes mélodiques gorgées de soleil noir, et son aspect funéraire est au centre de toutes ses compositions. "The Last March", qui porte bien son nom, est cet ultime titre épuisant de magnificence et d’émotions. Sa durée de quatorze minutes ne va jamais tarir votre impatience mais bien plutôt la sublimer. Sa liturgie, portée par ses claviers majestueux, en tout cas bien davantage que ceux d’un SKEPTICISM, atteint l’acmé de sa déroute funéraire, en nous exposant au gouffre abyssal qui se creuse sous nos pieds. Profond et envoûtant, "The Last March" nous accompagne à prendre cette dernière inspiration avant l’ultime dénouement.
Et que dire de ce titre magnifique qu’est "As A Fading Sun We Lie", mon préféré de l’album, avec les déchirements du chant clair de Fabio, son orgue imperturbable, son soli qui vous déflagre, ses leads coulant du ciel comme des joyaux d’une beauté maladive… Il n’y a pas de mots suffisants pour définir cette aura imperturbable qui illumine et s’abat sur nous à son écoute, à son contact. Assurément "We, The Dead" est l’album de l’année dans ce style. Il est peut-être déjà temps de se le dire. Merci donc à Meuse Music Records et à HELLLIGHT ! Splendide.
"Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie. " (*)
(*) Gérard de Nerval - "El Desdichado" in Les Chimères(1854).